dimanche, novembre 1, 2020
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APRÈS AVOIR PRIS DES «MESURES DRASTIQUES TRÈS TÔT», LA GRÈCE RÉSISTE AU COVID-19

Dans les rues d’Athènes, vendredi.

Malgré un système de santé délabré, le coronavirus a été proportionnellement moins mortel en Grèce que dans la plupart des pays européens. Mais les autorités redoutent un relâchement pour les célébration des Pâques orthodoxes ce week-end.

Depuis que la pandémie de Coronavirus est arrivée en Grèce, c’est devenu un rite quotidien dans le pays. A 18 heures, Sotiris Tsiodras, infectiologue de l’Ecole de médecine d’Athènes, intervient à la télévision. Depuis quelques jours, ce spécialiste, également directeur du comité grec des maladies infectieuses, note une baisse des nouveaux cas de Covid-19. Pour l’instant, le pays ne compte que 2207 contaminés avérés. Et il n’y a que 105 décès liés au coronavirus pour une population de 10,8 millions d’habitants. Ces chiffres, bien inférieurs à ceux qu’alignent de nombreux pays européens, ont de quoi surprendre.

En effet, la Grèce cumule nombre de facteurs à risque. Sa population est la deuxième plus âgée de l’Union européenne (UE), avec 22% des habitants de plus de 65 ans ; le pourcentage de personnes en surpoids ou obèses (55% de la population) est lui aussi supérieur à la moyenne européenne. Surtout, après dix ans d’austérité budgétaire, le système médical est mal en point. Les dépenses de santé ont chuté de 23,2 milliards d’euros en 2009 à 14,5 milliards en 2017. Le nombre de lits d’hôpital pour 1000 habitants est passé de 4,9 en 2009, à 4,2 (contre 6 en France). Pendant ces années d’austérité, la Grèce a assisté à une véritable fuite de ses médecins: depuis 2009, pas moins de 18000 ont quitté le pays. La faute à la crise et à la chute vertigineuse de leurs salaires (-45% en moyenne).

«La vague a commencé plus tard»

Dans ces conditions, comment le système a-t-il pu résister à la pandémie ? «Ici, la vague épidémique a commencé plus tard car la Grèce n’est pas au cœur de la mondialisation. Il n’y a pas autant de voyages vers la Grèce que vers la France ou l’Italie à cette période de l’année , explique Takis Panagiotopoulos, professeur d’épidémiologie à l’Université d’Athènes et membre du Comité des maladies infectieuses. Nous avions ainsi des éléments de comparaison internationale pour réagir et avons donc pris des mesures drastiques très tôt», dit-il.

Fin février, les rassemblements et carnavals sont interdits, les gestes barrières recommandés. Dès le 11 mars, écoles et universités sont fermées, puis les lieux de restauration et de culture deux jours plus tard. Depuis le 23 mars, le confinement généralisé est massivement respecté. Pendant quinze jours, cinq villages ont même vécu l’isolement total. En cause ? Des pèlerins revenus de Jérusalem et des marchands de fourrures rentrant de la semaine de la mode italienne, porteurs du virus. Les agents de la protection civile déposaient de la nourriture au pied de chaque maison. «En appliquant ces mesures, la courbe du virus n’a jamais été exponentielle», affirme le Takis Panagiotopoulos.

Si la Grèce a pris tôt ces mesures, c’est d’abord pour éviter une catastrophe dans un système hospitalier ravagé. Les tests font défaut. Il y a une pénurie de lits en soins intensifs (567 lits pour tout le pays). Spécialiste de maladies infectieuses, le professeur George Panayiotakopoulos détaille : «Nous avons développé un système de consultation téléphonique pour éviter aux patients de sortir. Mais en cas de nécessité, ils étaient envoyés vers des hôpitaux de référence.» Un médecin hospitalier ajoute, un brin ironique : «Tout a été fait pour éviter un débordement, jusqu’à administrer la chloroquine dès les premiers symptômes alors que ses effets ne sont pas prouvés.»George Panayiotakopoulos décrypte : «Dans un premier temps, la chloroquine a été prescrite, puis l’hydrochloroquine accompagnée d’un antibiotique, l’azithromycine. Nous avons appliqué ce protocole à partir de la littérature scientifique sur ce sujet. Si le patient est suivi, les risques sont faibles.»La Grèce, qui avait abandonné la production de médicaments à base de chloroquine pour lutter contre le paludisme, en produit à nouveau depuis la fin mars.

Inquiétude pour Pâques

Reste une crainte du côté des autorités grecques. Celle que les Grecs fassent fi du confinement pendant les Pâques orthodoxes qui ont lieu ce week-end. Dans ce pays où 90% de la population est orthodoxe, la coutume est de se retrouver en famille et d’aller à l’Eglise où, les uns après les autres, les fidèles embrassent les icônes en entrant et où la communion se fait avec une cuillère contenant du pain et du vin partagée par tous. Comme d’habitude, selon la tradition orthodoxe, la «lumière sacrée» arrivera samedi à 19 heures à Athènes depuis Jérusalem. Mais depuis la fin mars, le gouvernement a fermé les Eglises. Ce dernier, comme les scientifiques, craint que les fidèles ne bravent l’interdiction de sortie. Le week-end dernier, en banlieue d’Athènes, des popes ont ainsi donné la communion… dans la rue. Le 11 avril, une messe a été tenue sur l’île de Corfou ; le procureur a entamé des poursuites contre le pope, le maire, ainsi que les fidèles qui participaient à l’office. Le procès est prévu en mai.

Cela suffira-t-il à décourager la population de se rassembler ? Le gouvernement martèle «restez chez vous.» Le Premier ministre, Kyriakos Mitsotakis, a appelé à la mi-avril «à la responsabilité de chacun». Ajoutant : «Cette semaine est la plus cruciale. Notre foi ne craint rien, contrairement à la santé des fidèles.» Même le très pieux Professeur Tsiodras a averti : : «Il ne faut pas rallumer un feu qui s’éteint.» D’autant qu’un autre feu couve, économique et social cette fois. Le secteur touristique est inerte alors qu’il représente 18% du PIB. L’économie, très dépendante de l’extérieur, donne très peu de signes de vie. Une situation d’autant plus préoccupante que personne n’avance la moindre thérapie qui pourrait, au plus vite, remettre en marche tous les rouages de l’économie grecque.

Libération

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