jeudi, avril 2, 2020
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AU SAHEL, LE CHEF DE L’ARMÉE FRANÇAISE REAFFIRME LA NÉCESSITE DE L’OPÉRATION BARKHANE

Après la mort de 13 soldats français au Mali le 25 novembre dernier, et face aux critiques portant sur l’enlisement de l’opération Barkhane, le général Lecointre est allé sur place rappeler la nécessité de cette mission. Franceinfo l’a suivi.

En acronyme militaire, ce déplacement s’appelle une ITH, pour « inspection de théâtre ». En trois jours, du 11 au 13 décembre, le Chef d’état-major des armées (CEMA) a alterné briefings opérationnels et visites diplomatiques au Niger et au Mali. L’avion du général François Lecointre s’est d’abord posé sur la base aérienne de Niamey, par où transite l’essentiel des hommes, du matériel, et de la logistique nécessaires aux 4 500 femmes et hommes de l’opération Barkhane.

Il n’y aura pas de grand soir, de grande bataille définitive avec défilé triomphal sur les Champs-Elysées. Nous sommes là pour endiguer la crise.

Dans la soirée – et il fera de même le lendemain à Gao – le plus haut gradé français s’adresse à une quarantaine d’officiers. Le cœur de son discours : rappeler le sens de la mission. « Nous sommes ici pour assurer notre sécurité pour les 30 ans qui viennent », assure-t-il, « car si nous laissons le chaos s’installer, les États sahéliens vont s’effondrer sur eux-mêmes, laisser la place à l’Etat islamique, ce qui provoquera une pression migratoire sur l’Europe, avec tous les risques populistes que cela entraînera ».

A Gao, dans la plus grande base de l’armée française au Mali, le CEMA est accueilli à son arrivée, sur le tarmac, par des pilotes et des équipages d’hélicoptères. L’instant comporte une part de recueillement, ce n’est pas une simple revue des troupes. Le 25 novembre dernier, lors d’une mission de combat, deux hélicoptères se sont percutés, faisant 13 morts. Ceux qui discutent avec le général ont perdu des « frères d’armes » cette nuit-là. Mais dans leurs mots, aucune nuance de doute, aucune ne remise en question de leur mission : « On pense à eux, c’est en tête, c’est latent, mais quand on remonte dans la machine, quand le rotor se met à tourner, on est pleinement concentré. Même si nous avons été marqués par ce que nous avons vu, car nous avons volé la nuit du crash », disent le capitaine Julien et le lieutenant Adrien, chef de bord et pilote d’un Tigre.

Nous avons une dette envers ces pays. Combien d’Africains sont venus se faire tuer en France et en Europe pendant les deux guerres mondiales ?

Le CEMA se dit plus tard « frappé par le fait que ceux qui perdent leurs camarades au combat sont encore plus déterminés ». Pour lui, si un soldat doute, c’est que son chef n’a pas su lui faire comprendre le sens de la mission, ou n’a pas parié sur son intelligence en ne jugeant pas bon de le faire. Or, poursuit François Lecointre, « il faut toujours expliquer les raisons pour lesquelles nous nous battons, pour lesquelles nous sommes prêts sur ordre à donner la mort au risque d’y perdre la vie ».

Augmentation des attaques djihadistes

Quand l’hélicoptère du général décolle le lendemain de Gao, c’est pour rejoindre Ménaka, la ville carrefour du Lipatko-Gourma, la région des trois frontières, entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Il y a deux ans, l’armée française avait réussi à y faire baisser la pression des groupes armés terroristes. Un gouverneur s’était même réinstallé à Ménaka. Mais avec la fin de la saison des pluies, les raids djihadistes se sont multipliés ces dernières semaines. Les armées malienne et nigérienne y ont perdu des dizaines d’hommes chacune. Ménaka, au croisement des routes et des chemins de trafic, est stratégique et les jihadistes cherchent à en terroriser la population.

C’est ce qu’est également venu mesurer dans la région le général Lecointre : la possibilité d’appuyer plus encore des Forces armées maliennes, découragées par les revers. Sans elles, sans l’appui de la communauté internationale, rien ne pourra se faire. Les jihadistes ne s’y trompent pas : plutôt que d’attaquer les soldats français, ils attaquent les Maliens, « valeureux mais vacillants », dit le CEMA. Il conteste l’enlisement de l’opération lancée le 1er août 2014, et la fatalité qui voudrait que l’armée malienne ne sera jamais à la hauteur.

L’armée malienne n’existait plus en 2012. Elle apprend à se reconstruire, tout en faisant la guerre. C’est comme réparer une voiture en roulant !

Les problèmes de l’armée malienne paraissent presque incroyables : des officiers ignorent le nombre, même à la dizaine près, des hommes qu’ils commandent, un soldat n’a pas toujours une arme, les camps sont parfois laissés sans surveillance, pendant la prière ou la sieste, quand les jihadistes attaquent. Pourtant, le général Lecointre voit des motifs d’espoir : de jeunes officiers bien formés, des guerriers vaillants quand ils sont bien encadrés, une communauté internationale, principalement européenne, consciente des efforts qu’il faut partager. « Mais c’est maintenant, dans l’année qui vient, que se joue l’avenir du Sahel », affirme-t-il, « c’est pour ça que nous nous engageons en avant-garde, et que nous allons passer à la vitesse supérieure. Si nous loupons ce moment charnière, je suis assez pessimiste ».

Franceinfo

 

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