BURKINA FASO : BLAISE COMPAORE AUX ACCUSES ABSENTS

Par jeuneafrique.com

Publié le 26.04.2017

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À partir du 27 avril, la Haute Cour de justice jugera Blaise Compaoré et trente et un de ses anciens ministres pour les crimes qui auraient émaillé la chute de son régime. Mais l’ex-chef de l’État ne sera pas dans le box.

S’il a toujours fait mine de ne pas s’en soucier, il ne pouvait ignorer que ce jour finirait par arriver. Chassé du pouvoir le 31 octobre 2014 par des milliers de compatriotes survoltés, lassés de ses vingt-sept années de règne et excédés par sa tentative de modification de la Constitution, Blaise Compaoré savait qu’il aurait, tôt ou tard, à rendre des comptes à la justice de son pays.

À partir du 27 avril, c’est néanmoins par contumace que l’ancien président burkinabè, exilé en Côte d’Ivoire, sera jugé par la Haute Cour de justice, à Ouagadougou. Malgré son absence, il devra répondre de la répression meurtrière de l’insurrection populaire qui l’avait contraint à quitter précipitamment le palais de Kosyam.

Sur le banc des accusés

Avec 31 membres de son dernier gouvernement, Blaise Compaoré – qui était aussi ministre de la Défense – est poursuivi pour complicité d’homicide volontaire et coups et blessures volontaires. Tous encourent jusqu’à vingt ans de réclusion, voire la peine capitale, même si celle-ci n’est plus appliquée depuis longtemps.

Les faits qui leur sont collectivement reprochés remontent à plus de deux ans et demi. Fin octobre 2014, la tension est à son comble dans les rues de Ouagadougou, alors que Compaoré a confirmé son intention de modifier l’article 37 de la Constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat.

Le 28 octobre, deux jours avant le vote de l’Assemblée nationale censé entériner ce projet, son Premier ministre, Luc Adolphe Tiao, convoque une réunion spéciale consacrée au maintien de l’ordre public durant cette journée qui s’annonce particulièrement tendue. Sont présents, parmi d’autres, Jérôme Bougouma, le ministre de la Sécurité, Honoré Nabéré Traoré, le chef d’état-major des armées, Tuandaba Coulibaly, le chef d’état-major de la gendarmerie, Lazare Tarpaga, le directeur général de la police nationale, ou encore Gilbert Diendéré, le chef d’état-major particulier et bras droit de Blaise Compaoré.

Réquisition spéciale

Selon l’acte d’accusation, que Jeune Afrique a pu consulter, « la principale conclusion de cette rencontre a été de solliciter le concours de l’armée en soutien aux forces de l’ordre, qui étaient épuisées par plusieurs jours de maintien de l’ordre lors des précédentes manifestations de l’opposition ». Le compte rendu de la réunion a ensuite été présenté à Blaise Compaoré, qui a chargé son ministre de la Sécurité d’en faire part au reste du gouvernement lors du Conseil des ministres extraordinaire prévu le lendemain, 29 octobre, dans le but « de recueillir l’avis de ses membres ».

En parallèle, le président a demandé à son Premier ministre d’élaborer une « réquisition complémentaire spéciale » permettant l’intervention de l’armée pour maintenir l’ordre public et autorisant les forces de défense et de sécurité à faire usage de leurs armes. Le 29 octobre, en présence de Blaise Compaoré, Jérôme Bougouma expose donc à ses collègues les conclusions de la réunion de la veille. D’après l’acte d’accusation, aucun des ministres présents n’a alors exprimé d’objection à cette réquisition. Le soir même, le document était donc signé par Luc Adolphe Tiao puis transmis à la hiérarchie militaire.

Retour sur la chute du régime

Le 30 octobre, dès les premières lueurs du jour, la fièvre insurrectionnelle s’empare de Ouagadougou. Des manifestants incendient l’Assemblée nationale avant même que les députés n’aient eu le temps de se prononcer sur la modification de la Constitution. Dans toute la ville, les Burkinabè laissent exploser leur colère et s’en prennent aux symboles du régime honni.

Devant la maison de François Compaoré, le frère cadet du chef de l’État, des militaires du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) ouvrent le feu, tuant trois personnes. Deux autres seront ensuite abattues devant l’hôtel Laico, sur la route menant au palais de Kosyam. Par ailleurs, 88 blessés seront recensés au cours de cette journée historique qui marque la chute du régime Compaoré. Le 2 novembre, quarante-huit heures après la fuite de l’ex-homme fort de Ouaga pour la Côte d’Ivoire, deux autres individus sont tués par des soldats du RSP lors d’une échauffourée devant le siège de la télévision nationale.

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