mardi, décembre 18, 2018
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CAMEROUN : PAUL BIYA PEUT-IL ENCORE COMPTER SUR L’ÉGLISE ?

Longtemps proche du pouvoir camerounais, le clergé catholique se montre de plus en plus critique à l’égard du chef de l’État, Paul Biya. Or les élections approchent…

Scènes de ménage entre l’Église catholique et le régime de Yaoundé. Probable candidat à l’élection présidentielle prévue au troisième trimestre 2018, le chef de l’État camerounais, Paul Biya, n’a plus les faveurs des hommes en soutane, même si nul ne sait comment se traduira dans les urnes ce climat orageux. En attendant, plusieurs faits et gestes inédits détricotent chaque jour davantage le lien qui a toujours uni les catholiques camerounais (38,4 % de la population) au pouvoir séculier.

Certes, le 14 avril, alors que s’achevait à Yaoundé leur 43e assemblée plénière, les évêques ont publié un communiqué aussi aérien que filandreux appelant à se « mobiliser pour un Cameroun paisible ». Mais derrière les sourires de circonstance, ça bougonnait sous les mitres, et la paix est sans doute le plus petit dénominateur commun autour duquel se retrouve cette assemblée traversée par des courants contraires.

Ce n’est pas encore une fronde. Favorables au pouvoir, quelques membres de l’épiscopat empêchent – ou retardent – la rupture. Mais dès que les prélats « opposants » ont l’occasion de s’exprimer à titre personnel, ils ne ménagent pas le chef de l’État. En décembre, c’est Mgr Samuel Kleda, archevêque de Douala et président de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (Cenc), qui lui vole dans les plumes dans les colonnes du quotidien La Nouvelle Expression : « Si Paul Biya aime ce pays, il devrait se retirer. »

Résistances épiscopales

Ce faisant, il rejoint les positions de son prédécesseur à la tête de la même province épiscopale, le cardinal Christian Tumi, pourfendeur de la longévité du président à la tête du Cameroun. « Quand on est vieux, on peut être de bon conseil, mais on ne peut plus diriger un pays si jeune et si complexe », avait-il déclaré en mars 2016 à Jeune Afrique.

L’archevêque de la capitale, Jean Mbarga, y est lui aussi allé de sa petite pique contre le pouvoir. Il a choisi d’aller célébrer la messe de Pâques à la prison centrale de Yaoundé, où sont incarcérés des dizaines d’anciens ministres et directeurs généraux. Loin d’accabler ces dignitaires déchus, majoritairement catholiques, il les a invités « à croire que, par sa résurrection, le Christ viendra les libérer de leurs souffrances ».

Plus récemment, il a pris la défense de Dieudonné Nkodo, le vicaire d’une paroisse de la capitale, qui a passé deux jours de garde à vue, du 25 au 27 mars, dans les locaux du Groupement spécial d’opérations (GSO), l’unité d’élite de lutte contre le grand banditisme de la police camerounaise. Le prêtre est accusé d’avoir aidé l’ancien ministre Basile Atangana Kouna à quitter clandestinement le pays alors qu’il était sous le coup d’une enquête judiciaire.

Crise anglophone

La crise anglophone a aggravé la fracture. En avril 2017, trois évêques ont dû s’expliquer devant un tribunal de Bamenda dans le cadre d’une procédure surréaliste : des parents les accusaient de n’avoir « pas tout fait pour assurer la reprise des cours dans les établissements [catholiques] en grève » depuis le déclenchement des troubles.

Les ecclésiastiques ont été relaxés, mais l’affaire a divisé les deux communautés, tout en ternissant davantage l’image du pouvoir. Et ce d’autant que ce dernier refuse d’entendre les complaintes des évêques anglophones, vent debout pour obtenir du président l’ouverture d’un dialogue avec les sécessionnistes afin que s’arrêtent les violences en cours dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.

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