mercredi, septembre 19, 2018
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CARNET DE ROUTE : VOYAGE À TOMONO, UN VILLAGE AUX TRADITIONS VIVACES.

Dans le cadre de l’animation de notre rubrique, carnet de route, nous vous faisons découvrir Tomono, paisible village ivoirien aux traditions hospitalières encore vivaces. Ce texte assez lyrique est de Mahoua Soumahoro épouse Bakayoko, écrivaine de son état qui du style romanesque caractérisé par la fiction, s’adonne cette fois-ci au reportage de voyage. En d’autres termes, le carnet de route, matérialisé par la description de fait réel, le tout soutenu par l’expression des sentiments.

Découvrons ensemble, à travers ce voyage dans un village traditionnel africain, le trajet de cette romancière qui nous plonge dans cette Afrique aux traditions vivaces

Terre des Bakayoko

Situé à plus de 500 kilomètres d’Abidjan, Tomono du canton Kagnéné, est un gros village de la région du Béré. Avec pour fondateurs les BAKAYOKO à plus de 90%, vous trouverez des noms de famille tels que Kamagaté, Tioté.

Niché entre la ville de Mankono et la sous-préfecture de Sarhala, Tomono peut aujourd’hui prétendre à une administration plus fournie de la part de l’État de Côte d’Ivoire. En effet, avec le boom de l’anacarde et l’activité intense de l’agriculture, ce village a vu sa population exploser avec plus de 10 000 âmes à ce jour. L’arrivée massive de migrants tant Ivoiriens qu’étrangers ayant flairé le bon filon est à l’origine de ce surpeuplement.

Village enclavé

Avec le seul accès par une piste pénible, il faut faire beaucoup de contours pour y accéder en usant des routes bitumées des villes voisines.

C’est ainsi qu’en provenance de Korhogo, nous passons par Bouaké, Botro, Marabadiassa, Bouandougou et Tiénougboué. Cette dernière ville marque ainsi la fin du goudron.

Après avoir roulé pendant 40 km sur la piste, découvert de gros villages avec des successions de cases et de maisons en matériaux modernes, nous atteignons Tomono au moment où le soleil décline.

Le «lonanfanan»

La symbolique de cette visite prend tout son sens face à cette chaleur humaine de mes beaux-parents. Malgré notre entrée nocturne, la nouvelle de notre arrivée se répand dans les chaumières. Tous attendent notre visite à leur domicile.

Des plats cuisinés arrivent, des cuvettes de riz puisées dans les greniers, des poules, la viande fraîche du bœuf du jour, offerte pour nous souhaiter la bienvenue au village. Les enfants s’étonnent de tous ces cadeaux aux hôtes, dit en malinké ‘’Lonanfanan’’ en d’autre termes «l’accueil de l’étranger » ou si vous voulez « le repas de l’étranger »

En pénétrant la veille au village, trois visages, trois personnes, des défunts hantent notre esprit. Moidou colon, Lasso, Nacha.

Les morts ne sont pas morts !

Le lendemain donc de manière machinale, nous nous dirigeons vers le cimetière, sur leur tombe dans ce lieu si apaisant complètement couvert d’arbres où souffle en permanence une brise rafraîchissante. Des prières et nous repartons le cœur léger. Les morts ne sont pas morts !

À notre retour, d’autres ‘’ lonanfanan’’ nous attendent et des visiteurs venus aussi nous saluer. Face à tant de gentillesses vous manquez de mots pour dire merci. Nous allons ensuite de cour en cour, saluer.

Trois kilogrammes de viande fraîche

Je vais finir ce récit par cette anecdote. Un vieil oncle de mon époux ayant appris notre arrivée, la veille même, espérait être le premier à recevoir notre visite, le matin.

Malheureusement, nous débutons ailleurs et avec la série de salamalecs interminables de notre tradition, nous arrivons chez lui beaucoup plus tard. À notre vue, il fond en larmes et entre deux sanglots insiste sur les liens forts entre lui et ma défunte belle-mère Adja Nagnalé. Mais dès qu’il sèche ses larmes, avec un large sourire, il sort rapidement son lonanfanan prêt depuis et qui nous attendait. Près de trois kilogrammes de viandes fraîches et une grosse cuvette de riz pour nous souhaiter la bienvenue.

Il regrette même de n’avoir pas fait assez. Des êtres bons, qui perpétuent les liens familiaux au-delà de ceux déjà partis, même s’ils sont les seuls vivants de la génération.

Un jour Tomono, Toujours Tomono

Je n’ai même pas de doute, j’ai pris quelques kilos.

Sacrifier à la tradition. Vivre des sentiments humains profondément sincères, renforcer les liens familiaux. Donnez le respect aux personnes âgées. Ne jamais oublier d’où l’on vient. Montrer aux enfants le chemin pour leur éviter de s’égarer …………………….Un jour Tomono, Toujours Tomono

Mahoua S.