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EN INDE, LE CORONAVIRUS ALIMENTE LA MÉFIANCE CONTRE LES MUSULMANS

Depuis l’annonce du confinement le 24 mars, les Musulmans sont vus par les autorités et la population comme étant à l’origine de l’épidémie en Inde. En pleine crise sanitaire, plusieurs cas de discriminations à leur encontre ont été signalés

Les fidèles pointent du doigt une série de discriminations voire de violences

Muhammad Saad Khandalvi, leader indien de l’organisation islamiste Tablighi Jamaat, a été inculpé pour homicide par les autorités indiennes, mi-avril. Il est accusé d’avoir contribué en masse à la propagation du coronavirus en Inde. Aux alentours du 15 mars dernier, le Tablighi Jamaat avait organisé des rassemblements de fidèle en son siège dans le quartier de Nizamuddin à Delhi.

Lorsque le confinement général a été décrété, l’organisation avait déjà interrompu ces rassemblements. Les centaines de fidèles venus d’Inde mais aussi de Malaisie et d’Indonésie, étaient repartis chez eux. Mais plusieurs avaient entre temps été contaminés par le Covid-19. Les autorités ont alors fait le rapprochement entre le rassemblement au Markaz de Delhi et la propagation du virus sur le territoire.

Pour la justice, le Tablighi Jamaat n’a pas respecté la loi. Si ces rassemblements se sont tenus avant le confinement national déclaré par le chef d’État Narendra Modi le 24 mars, l’État Delhi les avait proscrits depuis le début du mois mars. Les dirigeants de l’organisation, eux, continuent de clamer leur innocence. « Pour se réunir, les Tablighi Jamaat avaient demandé en amont, l’accord aux autorités qui le leur ont donné. Ils se sont fiés à cette autorisation et ont maintenu leur rassemblement », rappelle Charlotte Thomas directrice du programme Asie du sud (SAProg) du réseau de chercheurs Noria.

Une politique de stigmatisation

Très vite, les nationalistes indiens ont utilisé cet événement pour faire des minorités musulmanes, les boucs émissaires de cette crise sanitaire en Inde. « Une logique de stigmatisation de plus en plus répétée depuis 2014 et qui s’inscrit dans la continuité des récentes émeutes de New Delhi », poursuit Charlotte Thomas. Une partie de la population parle de « corona jihad » et accuse les musulmans de provoquer volontairement cette contagion.

Les fidèles pointent du doigt une série de discriminations voire de violences. Les médias indiens ont évoqué le cas de l’hôpital d’Ahmedabad, où les patients musulmans disent avoir été séparés des Hindous. Un cadre de l’hôpital a accusé les autorités de l’État d’en avoir donné l’ordre, ce qu’elles ont démenti. Plusieurs articles évoquent aussi des expulsions de Musulmans de leur maison par des voisins qui les accusaient de propager la maladie. La presse indienne note enfin une série de violences commises contre les fidèles dans plusieurs États, au nom de la crainte du coronavirus.

Selon Charlotte Thomas, les autorités contribuent à ces violences par leurs discours stigmatisants : « Cela permet de mettre au second plan la situation catastrophique des travailleurs pauvres qui n’ont pas accès aux soins et qui en plus contribuent à la propagation du virus ».

kemebrama@hotmail.com , selon un article de

Léo Macia, in Lacroix  le 17/04/2020 à 18:08

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