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LAGOS: EN 50 ANS, UNE CROISSANCE EXPONENTIELLE

La capitale économique d’Afrique de l’Ouest, située au sud-ouest du Nigeria ne cesse de s’agrandir. Une croissance qui impose aujourd’hui de repenser son aménagement.

Le 27 mai 1967, le Nigeria devient un État fédéral et crée l’État de Lagos. À cette époque, la « ville des lacs » est une capitale tranquille, au bord d’une grande lagune verdoyante, où vivent un petit million d’habitants.

Depuis, la ville n’a cessé de s’agrandir jusqu’à devenir la dixième plus grande ville du monde avec une population estimée entre 17 et 22 millions d’habitants. La capitale économique d’Afrique de l’Ouest s’étend tandis que la croissance démographique du pays explose. « Chaque année, c’est l’équivalent de deux fois la métropole de Toulouse qui arrive à Lagos », explique Guillaume Josse, géographe pour le Groupe Huit, cabinet de recherche spécialisé sur les villes en développement.

Les Lagosiens doivent alors faire preuve d’ingéniosité pour trouver de l’espace et pallier les défaillances d’un État souvent absent, notamment pendant deux décennies de dictatures militaires (1975-1999). Les plus riches construisent des digues, assèchent les marécages ou ensablent l’océan pour construire le « Dubaï de l’Afrique ». Les plus pauvres se construisent des parcelles de terre sur la lagune avec des tonnes de déchets mélangés à du sable.

 « Lagos est une caricature »

C’est ainsi que s’est construit le quartier d’Ilaje-Bariga, pendant les cinquante dernières années. Les rues se sont dessinées au hasard, au fil des nouveaux arrivants, il n’y a aucun système d’évacuation des eaux usées. « Toutes les villes africaines sont confrontées aux mêmes problèmes : urbanisation violente, gestion du foncier, pollution… Mais Lagos est une caricature. Ses défis sont tellement immenses qu’ils paraissent insurmontables », explique Guillaume Josse.

Un réaménagement s’impose effectivement dans cette ville où arrivent en moyenne 900 nouveaux habitants par jour, depuis 50 ans. Ayo Assaf, un urbaniste nigérian qui a fait ses armes à New York, a tenté il y a quelques années de repenser le cœur historique de Lagos, Lagos Island, à la demande du gouvernement local.

« Il y a une telle énergie, un commerce qui draine des millions de nairas, on ne peut pas tout raser, mais il faut l’améliorer pour des raisons de sécurité et d’hygiène », explique-t-il. « Il faut formaliser le commerce informel, améliorer leurs conditions de travail, construire des logements pour la classe supérieure, moyenne et pauvre pour favoriser la mixité sociale. »

Ayo Assaf a bien rendu son rapport au gouverneur Babatunde Fashola qui lui avait commandé, mais en 2015, après les élections locales, l’administration a changé et peu de ses idées ont été mises en place.

Des dizaines de milliers d’expulsions

A Lagos Island, où la densité atteint 12 000 habitants au km², aucun espace n’est laissé vide. Une vendeuse de bijoux utilise les grilles de la mosquée comme présentoir pour ses colliers, une ancienne bibliothèque a été transformée en magasin de robe de mariée, les trottoirs sont pris d’assaut par des photocopieuses, des mécaniciens, ou aménagés en cuisine où l’on vend des plats nigérians à emporter.

Les routes elles aussi sont encombrées. Il n’y a aucune gare routière sur Lagos Island : des centaines de danfos, les célèbres minibus jaunes, embouteillent les rues des heures durant et déversent leurs passagers au milieu de la voie dans un flot continu.

Chômage

Aujourd’hui, partout dans Lagos, le mètre carré vaut de l’or, et les dizaines de milliers d’habitants d’Ilaje-Bariga ont reçu leur avis d’expulsion sur ordre du gouvernement local. La police est déjà venue pour détruire les bateaux des pêcheurs et des « ramasseurs de sable », l’activité économique principale du quartier, aggravant de fait un chômage et une criminalité déjà très importants. Une manière, sans doute, de les pousser à partir.

La Croix avec AFP, le 26/05/2017 à 18h40

 

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