mercredi, septembre 19, 2018
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LES MEDERSAS, UNE AVANCEE DANS LE SYSTEME EDUCATIF ISLAMIQUE

 Dans notre dossier sur l’Education islamique en Côte d’ivoire, nous avons dans de précédentes parutions, traité de l’introduction de l’islam en Afrique suivie de l’introduction de la langue et de l’écriture arabe et des premières écoles coraniques en Afrique puis en Côte d’ivoire. Ces écoles, comme nous l’avons signalé également, ont connu leurs déclin depuis l’avènement de l’école occidentale .Dans ce présent article ; il est question des Medersa, un autre pan de cette éducation qui a succédé à l’école coranique et qui fait place de plus en us aux écoles confessionnelles islamiques

Pour toutes fin utiles, il est bon de savoir que cet article date de 2008, année où nous avons entamé pour la première fois ce dossier consacré au système éducatif islamique en Côte d’ivoire

Après les écoles coraniques traditionnelles, les medersas

Les Medersas ont succédé aux écoles coraniques traditionnelles.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, elles ont été créées par l’administration coloniale notamment avec le gouverneur Louis Léon César Faidherbe, qui fut Gouverneur colonial français du Sénégal de 1854 à 1861 et de 1863 à 1865, sous le vocable d’école franco-arabe avec des objectifs bien précis visant à aider la France dans sa politique coloniale. En effet, conscient de la force de l’islam au Sénégal et en Mauritanie, Faidherbe, premier gouverneur du Sénégal, a dû composer avec cette Religion et ses partisans dans sa stratégie de gestion des peuples colonisés.

Faidherbe, dans sa gestion coloniale, compose avec l’islam

Conscient de cette force de l’islam au Sénégal et en Mauritanie de son côté Louis Gustave Faidherbe, premier gouverneur du Sénégal, a dû composer avec cette religion et ses partisans dans sa stratégie de gestion des peuples Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les Medersas dans leur forme actuelle doivent leur naissance à Louis César Faidherbe premier gouverneur du Sénégal de 1854 à 1861 ; puis de 1863 à 1865 .Ce dernier dans sa stratégie de conquête coloniale créa cette structure  qu’il appela « école franco-arabe » pour contrecarrer  le pouvoir des  marabouts traditionnels très puissant au Sénégal colonial de même que dans l’actuel Mauritanie. Conscient de la force de l’islam dans ces deux territoires français d’alors, Il en facilita la pratique aux fidèles, notamment par la construction de mosquées à leur usage. Plus tard, dans la continuité de cette politique, une mosquée sera même édifiée à Fréjus, centre de formation des troupes indigènes en France lors de la première guerre mondiale.

 

Dans la progression de ce système, après la Mauritanie, le Sénégal et le Mali, les premières medersas vont apparaître en Côte d’Ivoire dans leur forme voulue par Faidherbe avant 1960 .Elles s’implanteront d’abord dans les grandes villes comme Abidjan et Bouaké et ensuite, Daloa et autres villes à forte concentration musulmane.

Des écoles mieux structurées

C’étaient des écoles un peu plus structurées que les écoles coraniques traditionnelles avec des infrastructures plus ou moins modernes .telles des salles de classes, des tables-bancs, une administration avec bureau de directeur et d’éducateurs même si ce n’était pas le luxe souvent. Ces nouvelles écoles islamiques, avaient et continuent d’avoir un programme essentiellement en arabe avec tout de même quelques heures en français. Même jusqu’à présent, l’aspect islamique y est primordial avec la théologie, les hadiths, le fiqh (jurisprudence) etc. En un mot, l’enseignement de l’Islam dans ses différentes ramifications.

Des cours de maths, physiques, Hist-géo, etc, en arabe.etc, en français

Malgré tout, on y dispense tout de même des cours en, mathématiques, Histoire et Géographie Sciences naturelles, etc. mais, en arabe.

Aujourd’hui (2008), les élèves, compte tenu des heures de cours dispensés en français et compte tenu de l’environnement francophone, se présentent pour les plus courageux et les plus assidus, aux concours du Ministère de l’Education Nationale en tant que candidats libres et certains parmi eux réussissent aux examens du C.E.P.E. de l’entrée en 6ème, du BEPC, et même du Baccalauréat en français. Il faut signaler que ces Medersas pour les mieux structurées passaient les examens jusqu’au B.E.PC, en arabe et parmi les illustres élus, certains allaient poursuivre leurs études dans les pays arabes.

Une première génération se rend au Maghreb et en Egypte.

La première génération de ces élèves qui ont poursuivi ce parcours est composée de l’imam Traoré de la Riviera Golf ((le tout premier dans ce registre à quitter la côte d’Ivoire en 1956 pour l’Egypte).Il a été suivi entre 1960 et 1970 par le

Cheick al aïma Boikary Fofana président du Conseil Supérieur des Imams (COSIM) et autres.

Ces derniers iront poursuivre leurs études en Egypte ou au Maghreb (Algérie Maroc, Tunisie) pour la plupart ; y passeront le Baccalauréat en arabe et suivront des études supérieures dans des domaines spécialisés telles que les finances et les banques et par la suite, retourneront au pays où ils travailleront dans des structures étatiques ou privées après avoir fait une équivalence de leurs diplômes en français.

Entre 1970 et 1980 une deuxième génération va suivre la voie de leurs devanciers.

On peut citer parmi eux parmi eux, le président Koné Idriss koudous du Conseil National Islamique (CNI),

feu l’imam Cissé Mamadou de l’avenue 2 à Treichville, l’imam DIAKITE Ousmane de la mosquée Arafat de Bonoumin, actuel Directeur de cabinet du Cheikh al Aïma Boikary Fofana .Ceux-là sont les plus connus parmi tous les Ivoiriens en nombre assez élevé qui ont suivi ce parcours. Comme leurs prédécesseurs, ils y passeront le Baccalauréat en arabe et suivront une formation dans les universités avant de rentrer au pays participer au développement dans différents secteurs de la vie social et économique.

Un manque d’organisation provoque la naissance de l’OEECI

Le handicap cependant, c’est que jusqu’à un certain moment, ces écoles ont souffert d’un manque d’organisation pour nombreuses parmi elles en termes d’infrastructures, de programme commun sur toute l’étendue du territoire. C’est l’ensemble de toutes ces carences qui a suscité la mise en place de l’Organisation des Enseignants des Ecoles Coraniques Ivoiriennes (OEECI) dirigée par l’imam Konaté Abdramane.

Les écoles affiliées à sa structure étaient en mai 2008, au nombre de 335 et comptaient en leur sein, 99152 apprenants, encadrés par 2082 enseignants Interrogé sur ces objectifs l’imam Konaté Abdramane.

a affirmé en 2008 ce qui suit : «notre objectif principal, est d’organiser les écoles dites Medersas en de véritables écoles confessionnelles qui prendront en compte le programme national d’enseignement et l’enseignement islamique dispensée en arabe, afin que les élèves qui sortent de nos institutions de formation, soient des agents de développement dotés de bonnes qualités morales et spirituelles»

Quelques medersas de référence(2008)

Malgré ces tares, il a tout de même existé des Médersas de références sur le territoire national qui sont devenues aujourd’hui des écoles confessionnelles islamiques bien structurées. Apparaissent dans ce groupe, notamment à Bouaké les structures célèbres telles que, Dar el Hadith, Sakafat al Islamiya ; à Daloa l’école du docteur Moustapha SY .A ce groupe on peut associer également les medersas de Yorobodi à l’Est du pays, une ville fortement islamisée de même que celles de Tiémé, de Bondoukou. A Abidjan, on a eu quelques Medersas phares dans certains quartiers notamment Abobo, Koumassi et même Adjamé qui vont se transformer plus tard en écoles confessionnelles islamiques.

A Koumassi par exemple, l’école d’El hadj Bakounadi avant d’être transformée en école confessionnelle islamique était performante en termes d’infrastructures et d’encadrement .Il en a été de même pour l’école d’el hadj Abdramane Konaté (président de l’OEECI) sise dans le même quartier. A Abobo, la medersa dirigée par El hadj Mohamed DOUMBIA avait fière allure (2008) avec des salles de classes identiques pratiquement à celles des écoles gouvernementales. Dans ces écoles, au-delà de la structure d’accueil, les élèves ont bénéficié d’un enseignement de qualité avec des enseignants qui pour la plupart, ont effectué des études supérieures dans les pays arabes. Certains parmi eux ont obtenu la licence la maîtrise et même plus.

De nombreux parents refusent de payer la scolarité

Cependant, ces institutions de formation, malgré les progrès réalisés, ont rencontré assez de problèmes tels que les salaires insuffisants des enseignants .Au moment de cette enquête en 2008, certains percevaient au plus 25000 FCFA. Cette situation était liée au non-paiement des scolarités par les élèves. Et pourtant, celle-ci était inférieure à 5000 FCFA par mois dans la plus grande partie du territoire nationale.

Une formation inadaptée

Il est évident dans ces conditions que, l’enseignement dispensé dans ces structures à part quelques-unes parmi celles que nous avons citées, était au rabais. Les enseignants, malgré leur bonne volonté ne pouvaient se surpasser compte tenu de leurs salaires insuffisants. Par conséquent, pour de nombreux élèves, la formation s’arrêtait en cours de route, généralement avant la classe de CM2 en arabe .Ces derniers s’adonnaient après ce parcours inachevé à de petits métiers. Beaucoup parmi eux devenaient des apprentis de gbaka (vocable désignant les minicars) ou exerçaient d’autres petits métiers tels que la ferronnerie, la mécanique, la maçonnerie. A ce niveau, DOUMBIA Mohammed du centre culturel d’Abobo que nous avions interrogé en 2008 a estimé que : «de nombreux parent n’ont jamais imaginé que leurs enfants puisse gagner leur vie à travers les études effectuées dans nos medersas. Et d’ailleurs, beaucoup parmi eux n’inscrivent leurs enfants dans nos écoles que par ce qu’ils n’ont pas eu de place dans les écoles primaires publiques. De la sorte, la medersa ne devient qu’un tremplin jusqu’à ce que l’enfant ait 14 ou 15 ans pour devenir apprenti de gbaka. A la fin, il perd tous ces acquis antérieurs à cause même du milieu des transports qui comprend beaucoup d’attitudes répréhensibles. »

Face à cette situation le Cheick Al Aïma Boikary FOFANA dans une déclaration faite le 31 janvier 2010 à l’occasion du Conseil Consultatif des Imams s’est écrié : «notre système est inadapté et mérite une véritable restructuration car quelle est cette éducation qui forme ses enfants pour les envoyer dans les gares et non dans les universités? Comment faire pour que notre système éducatif produise des cadres ou des techniciens qui participent au développement de notre pays au même titre que les élèves qui sortent des autres systèmes éducatifs ? C’est à ces questions que nous devons réfléchir !»

Quelques privilégiés dans le lot

Malgré tout, dans cette “grisaille», les médersas ont permis de former un certain nombre de cadres depuis leur avènement avant les indépendances.

On peut citer comme exemple même si la liste n’est pas exhaustive, le Cheick Al Aïma Boikary FOFANA qui a occupé un poste de cadre supérieur dans une banque de la place avant d’aller à la retraite , le président Koudous du Conseil National Islamique cadre supérieur au Ministère de l’Economie et des Finances à la retraite , l’imam Traoré Mamadou de la Riviera Golf, qui a été cadre de banque avant de bénéficier d’une bonne retraite aujourd’hui, les imams Diakité Ousmane de la mosquée Arafat de Bounoumin,Binaté Ibourahima du Plateau Dokui exerçant tous au Ministère de l’intérieur, feu l’imam Cissé Mamadou de la mosquée Bintou de l’avenue 2 de Treichville au Ministère des Affaires étrangères. Certains parmi ces heureux élus .travaillent dans des ambassades étrangères installées en Côte d’Ivoire, à l’ONUCI (nous sommes en 2008), dans certaines institutions internationales. D’autres ont été ou sont encore  enseignants au Ministère de l’Education Nationale comme ce fut le cas avec feu Mahmoud Samassi (professeur de Mathématiques), l’imam DIABY Mamadou actuel aumônier de l’école de police, professeur d’EPS de son état formé au Maroc dans leur institut équivalent à notre Institut National de la Jeunesse et des Sports (INJS).La liste n’est pas exhaustive .

Des étudiants du système national dans le système éducatif arabe

Un fait mérite d’être signalé.  C’est le choix opéré par certains élèves issus du système conventionnel de l’Education National qui ont décidé d’aller poursuivre leur étude notamment en Arabie saoudite. Cette frange d’étudiants a choisi délibérément de se rendre dans ce royaume au début des années 1980 en vue d’y poursuivre des études scientifiques en arabe et en anglais les deux langues académiques du Royaume. Ils ont dû comme c’est le cas en Arabie saoudite, suivre des études d’abord théologique en arabe avant d’entamer leurs études de spécialisation.

Actuellement, ces derniers sont au-devant du militantisme islamique dans différents domaines. C’est le cas de, l’imam Cissé Djiguiba Abdallah de la mosquée Salam du Plateau et Directeur général de la Radio Islamique Al Bayane.

Il était déjà étudiant en anglais à l’université d’Abidjan Cocody avant d’aller poursuivre ses études en Arabie A ce niveau, il a subi une formation traducteur et d’interprète. L’imam Cissé Diguiba aurait pu travailler au Ministère des Affaires Etrangère où les portes lui étaient largement ouvertes mais, il a préféré dans le cadre d’une vision organisationnelle entamée par le cheikh Al Aïma Boikary Fofana, s’occuper de la daawa c’est-à-dire de la prédication, ce qui naturellement lui permet aujourd’hui d’être le premier responsable de la première radio musulmane du pays. L’imam Sékou sylla de la mosquée An nour de la Riviera 2,

lui était étudiant à l’Ecole Normale Supérieure d’Abidjan en sciences naturelles, études qu’il poursuivra en Arabie saoudite. Actuellement, il est imam et prédicateur. C’est le même schéma qui s’applique Ousmane Doukouré actuellement ingénieur de mine formé à l’Université King Fayçal de Médine .Ce dernier bien qu’il occupe une haute fonction au Ministère des mines et de l’Energie, est le Directeur Général des Editions Alif qui produit l’hebdomadaire islamique, islam Info A ces derniers s’ajoute au moins une vingtaine  d’autres personnes qui sont dans divers secteurs de la vie économique et sociale à travers le pays.

Envisager une vulgarisation du phénomène

Mais, si on s’en tient au nombre d’élèves formés par le système éducatif islamique, ces personnes citées sont des privilégiées et c’est cette réalité qui a mené aussi bien les autorités islamiques que les autorités du système de l’Education Nationale à envisager une autre voie pour le système éducatif islamique en l’occurrence, les écoles confessionnelles islamiques

C’est sur cette innovation qui a cours actuellement que, nous mettrons l‘accent dans notre prochain article.

A SUIVRE : les écoles confessionnelles islamiques ou la révolution dans le système éducatif islamique en côte d’ivoire

 

Dossier (quatrième chapitre) réalisé par kemebrama@hotmail.com