L’IRAN, NOUVEL ELDORADO POUR LES ENTREPRISES OCCIDENTALES

Deux semaines seulement après l’accord sur le nucléaire iranien, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, sera mercredi 29 juillet en visite à Téhéran.

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Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei (à droite) et le président iranien Hassan Rouhani, le 23 mai 2015, à Téhéran.

 

L’espoir d’une levée progressive des sanctions contre la République islamique suscite une intense activité diplomatique et attise les appétits économiques des Occidentaux.

Les besoins de l’Iran sont colossaux dans tous les domaines : hydrocarbures, automobile, infrastructures…

Le « délai de décence » qu’il invitait encore, le 28 juillet, à respecter avant de se rendre en Iran aura été de courte durée. En réponse à l’invitation de son homologue, Mohammad Zarif, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, sera mercredi 29 juillet à Téhéran, où il rencontrera notamment le président Hassan Rohani.

Cette visite intervient deux semaines seulement après l’accord historique sur le nucléaire signé entre l’Iran et le groupe dit des 5+1 (membres du Conseil de sécurité plus l’Allemagne), qui ouvre la voie à une levée progressive des sanctions internationales pesant depuis 2006 sur la République islamique.

Cette perspective attise les appétits économiques des Occidentaux pour un marché iranien fort de 80 millions de consommateurs potentiels.

Et explique, en grande partie, la multiplication des voyages officiels à destination de Téhéran, de celui du vice-chancelier allemand, Sigmar Gabriel, accompagné d’une délégation d’industriels, le 23 juillet, à celui prévu les 4 et 5 août, du ministre italien des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni avec des dirigeants d’Eni (hydrocarbures) et Finmeccanica (aéronautique et défense).

LE SECTEUR DES HYDROCARBURES PARTICULIÈREMENT ATTIRANT POUR LES INVESTISSEURS ÉTRANGERS

Laurent Fabius, lui, a expliqué qu’il effectuerait ce déplacement d’abord« en tant que responsable politique », pour préciser aussitôt que le Quai d’Orsay avait donné son accord pour qu’une délégation du Medef, la principale organisation patronale française, puisse aller en Iran en septembre. « Si un accord est signé, nous ne devons pas être les derniers à en bénéficier », avait insisté le patron du Quai d’Orsay en avril dernier.

La France est en effet loin d’être seule sur les rangs. Les portes de l’Iran s’entrouvrent, et le pays attire à nouveau les investisseurs européens et américains. « Le potentiel est énorme dans tous les secteurs », précise Sofia Tozy, économiste à la Coface, spécialiste du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord.

Celui des hydrocarbures est le plus fréquemment cité. Normal quand on sait que le pays possède les deuxièmes réserves mondiales de gaz et les quatrièmes réserves mondiales de pétrole.

LES GRANDS GROUPES DANS LES STARTING-BLOCKS

« Sous l’effet de l’embargo, la production iranienne est passée de 4 millions de barils par jour en 2008 à 3 millions en 2014. Mais elle pourrait remonter rapidement avec la levée des sanctions et le partenariat avec des compagnies étrangères pour remettre à niveau les installations »,poursuit Sofia Tozy.

Les grands groupes sont déjà dans les starting-blocks. Total, présent en Iran depuis 1954, a cessé ses activités en 2008 mais a maintenu un bureau de représentation en attendant des jours meilleurs. Il lui faudra toutefois compter avec la concurrence des autres groupes, notamment Shell et Eni qui ont déjà envoyé des émissaires à Téhéran.

L’autre secteur majeur est l’automobile où, là encore, la France a occupé, historiquement, une place de premier plan. Renault et PSA Peugeot Citroën espèrent revenir en force sur un marché qui pourrait s’élever à 3 millions de véhicules par an.

Mais ils devront s’imposer face à l’allemand Volkswagen ou aux Chinois qui ont grappillé, ces dernières années, de larges parts d’un domaine laissé vacant par les Occidentaux.

« NOUS VOULONS DES PRODUITS ET SERVICES DE QUALITÉ »

« On en parle moins, mais c’est tout aussi important : l’Iran a d’énormes besoins en infrastructures : transports, téléphonie, tourisme… Le plan 2016-2020 prévoit à cet égard une croissance de l’ordre de 8 % », ajoute Sofia Tozy.

L’Iran prévoit de construire plus de 15 000 km de voies ferrées supplémentaires, d’augmenter sa flotte aérienne de 400 avions, de construire ou rénover neuf aéroports, d’équiper le pays de fibre optique (2 millions d’Iraniens disposent pour l’instant du haut débit) ou de doubler le nombre de touristes étrangers jusqu’à atteindre 7,5 millions en 2025…

Dans les services, notamment l’assurance, l’agroalimentaire, la pharmacie ou le luxe, la demande est aussi importante.

À Téhéran, tous les dirigeants disent la même chose : « Durant les trente ans, isolés du monde, nous nous sommes contentés d’ersatz produits localement ou importés de Chine ou d’Inde. Nous voulons de nouveau des produits et services de qualité », témoigne Alexandre Ebtedaei, juriste franco-iranien du cabinet FTPA, de retour d’un voyage en Iran.

LE RETOUR DES AVOIRS GELÉS, «  UNE MANNE INDISPENSABLE  »

Autant d’opportunités pour les firmes occidentales, et donc françaises, prêtes à se lancer vers ce nouvel eldorado, mais qui attendent de connaître le calendrier exact et les modalités de l’ouverture promise par la signature de l’accord du 14 juillet.

C’est pour répondre à leurs questions que le cabinet August & Debouzy a mis en place récemment une « Cellule Iran » animée par Mahasti Razavi et Kami Haeri, deux avocats franco-iraniens.

« Nous leur expliquons qu’il faut encore deux prérequis avant de se précipiter, explique Kami Haeri. Le premier est la réintégration officielle de l’Iran dans les circuits financiers internationaux qui n’interviendra pas avant 2016 au mieux. Le second est le retour des avoirs iraniens gelés à l’étranger, une manne indispensable pour redynamiser l’économie du pays. »

LES ENTREPRISES FRANÇAISES AVANTAGÉES PAR LEUR CONNAISSANCE DU MARCHÉ IRANIEN

« Une autre partie de notre travail est de resituer, à côté de l’approche économique, le cadre juridique et réglementaire, mais aussi la spécificité culturelle, souligne sa collègue Mahasti Razavi. L’Iran possède une histoire et une identité forte. Le pays est heureux de sortir de son isolement et de recommencer à dialoguer avec le monde. Mais les choses devront se faire dans le respect. »

Dans cette course de patience, les Français sont-ils bien placés ? « Face aux concurrents allemands, italiens, américains, mais aussi asiatiques, les entreprises françaises ont une capacité d’intégration forte en raison des liens historiques entre les deux pays », estime Mahasti Razavi. Alexandre Ebtedaei les invite, lui, à plus d’audace : « Il existe aujourd’hui une fenêtre de tir qu’il ne faut pas rater. Il y aura une prime pour le premier arrivé. »

 

Antoine d’Abbundo

 

 

 

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