lundi, novembre 29, 2021
Accueil > Actualités > LUTTE CONTRE LA VIOLENCE FAITE AUX FEMME : L’INQUIETANT RETRAIT DE LA TURQUIE DE LA CONVENTION D’ISTANBUL

LUTTE CONTRE LA VIOLENCE FAITE AUX FEMME : L’INQUIETANT RETRAIT DE LA TURQUIE DE LA CONVENTION D’ISTANBUL

La Turquie s’est retirée, dans la nuit du vendredi 19 au samedi 20 mars, de la convention européenne dite « d’Istanbul » pour la lutte contre les violences faites aux femmes. La décision a suscité la consternation de la communauté internationale et provoqué la colère de milliers de manifestants stambouliotes.

La Turquie était le premier pays à ratifier la convention d’Istanbul, le 14 mars 2012. Suite à l’annonce faite par le président Recep Tayyip Erdogan, dans un décret publié dans la nuit du vendredi 19 mars, c’est aussi le premier pays à en sortir. Une décision jugée « d’autant plus déplorable qu’elle compromet la protection des femmes en Turquie, en Europe et au-delà » par la Secrétaire générale du Conseil de l’Europe, Marija Pejčinović Burić.

Le Conseil de l’Europe, principale organisation de défense des droits de l’homme du continent, s’apprêtait pourtant à fêter les dix ans du traité. Signé par 46 pays, il est ratifié par 34 d’entre eux, qui y sont juridiquement liés et contraints d’adopter une législation conforme.

La convention d’Istanbul engage les états signataires à adopter des mesures allant de la poursuite de campagnes de sensibilisation régulière, l’éducation à la non-violence, la pénalisation des diverses formes de violence à l’égard des femmes, à la création de services d’assistance téléphonique ou de refuges spécialisés pour les victimes.

Disparition d’un garde-fou

« C’est un instrument législatif majeur en Europe pour lutter contre les violences faites aux femmes. Pour toutes activistes féministes et les associations qui travaillent en lien avec les victimes de violence en Turquie, c’est un garde-fou qui disparaît », déplore Moana Genevey, chargée des politiques de genre pour le réseau européen d’institutions publiques pour la promotion de l’égalité Equinet.

La ratification du traité par la Turquie s’est pourtant bien traduite par l’adoption, en 2012, d’une loi sur la protection de la famille et la prévention de la violence à l’égard des femmes. Le pays s’était même soumis, en 2017, à l’évaluation d’une délégation d’un groupe d’experts du conseil de l’Europe, qui avait salué les nombreuses avancées du pays sur le sujet. Les inquiétudes de Moana Genevey n’en sont pas pour autant diminuées : « En sortant de la convention, on peut tout à fait imaginer que les lois du pays vont être changées. » Une inquiétude partagée par des milliers de manifestants, qui se sont rassemblés samedi dans les rues du quartier de Kadiköy, à Istanbul, pour appeler le président à « revenir sur sa décision » et à « appliquer le traité ».

« Il n’est pas nécessaire de chercher le remède en dehors de chez nous, d’imiter les autres. La solution est dans nos traditions et nos coutumes, dans notre essence », s’est contenté de répondre sur Twitter le vice-président Turc, Fuat Oktay.

La lutte des femmes piétinée

La communauté internationale a fait savoir sa profonde consternation, de même qu’Ekrem Imamoglu, maire d’Istanbul et rival du président qu’il a accusé de « piétiner la lutte que mènent les femmes depuis des années ».

Un constat partagé par la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Agnès von der Mühll. Elle a dénoncé une « décision qui va en premier lieu affecter les femmes turques, auxquelles la France exprime toute sa solidarité ». Le président américain Joe Biden, a lui regretté « un pas en arrière extrêmement décourageant ».

La décision du président Turc, n’est pour autant que très peu surprenante. Elle s’inscrit dans un contexte plus global de sape de la convention d’Istanbul. « Dans de nombreux pays européens, en Pologne, en Hongrie, des mouvements conservateurs clament que la convention d’Istanbul vise à détruire la famille traditionnelle », s’agace Moana Genevey, qui s’inquiète du « signal dangereux » envoyé par la Turquie.

Le 8 mars dernier, à l’occasion de la journée internationale du droit des femmes, le Conseil européen accusait lui aussi « des groupes politiques » de « faire des déclarations trompeuses contre le traité » et de « détourner l’attention de ses objectifs uniques : prévenir et combattre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique. »

Ces déclarations reposent notamment sur l’introduction de la notion de genre, qui figure bien dans le traité mais pour caractériser les violences envers les femmes sur la base de leur genre, c’est-à-dire « simplement parce qu’elles sont des femmes », et non pas pour introduire la possibilité d’un « troisième genre ». En 2020, plus de 300 femmes ont été victimes de féminicides en Turquie.

Adélaïde de Valence, le 21/03/2021

 

Laisser un commentaire