lundi, novembre 19, 2018
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S.E.M ESSI AMARA : «MAADA BIO A DELIBEREMENT RENDU LE POUVOIR APRES UN COUP D’ETAT »

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LA GUERRE CIVILE SIERRE –LEONAISE

PREMIERE PARTIE

Le nouveau président Sierra-léonais, Julius Maada Bio, fraichement élu à 51,81% des voix, au second tour de l’élection présidentielle le 31 mars 2018, a été investi le samedi 12 mai à Freetown, capitale de la Sierra –Léone, devant de nombreux chefs d’Etats et de gouvernements  En cette occasion, la Côte d’Ivoire a été représentée par le vice-Président Kablan Duncan Auparavant, le président Maada Bion avait effectué une visite officielle de 48 heures en Côte d’Ivoire du vendredi 04 au 05 mai 2018.

Pour l’histoire, ce dernier n’est pas à sa première visite officielle en Côte d’Ivoire. En effet, Pour avoir dirigé la sierra-Leone pendant un an et 12 jours après sa prise de pouvoir par coup d’Etat le 17 janvier 1996, il a déjà effectué une visite ici en Côte d’ivoire dans le cadre de la négociation avec la rébellion sierra -léonaise, le RUF, dirigé alors par Foday Sanko.

Rappelons que guerre civile sierra-léonaise, l’une des plus atroces d’Afrique, a provoqué la mort de milliers de personnes, fait des milliers de mutilés  et provoqué un déplacement massif des populations de ce pays vers les pays voisins notamment en Guinée

Dans cette première partie d’une interview parue dans le quotidien l’expression  du 23 avril  2018, notre collaborateur Nomel Essis interroge Son Excellence Monsieur Essi Amara, ex ministre des Affaires étrangères de la Côte d’’Ivoire sous le président Henry Konan Bédié , ex secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) et, ex-président de l’Assemblé Général de l’ONU sur les raisons qui ont pu amener Julius Maada Bio à gagner les dernières élections qui viennent de se dérouler en Sierra-Léone

Maada Bio a délibérément rendu le pouvoir après un coup d’Etat

Julius Maada Bio vient de remporter les élections en Sierra Leone devant le candidat du parti au pouvoir. Vous avez été impliqué dans les négociations de paix dans ce pays confronté à la guerre dans les années 1996. Récemment, vous l’avez accompagné chez le président Henri Konan Bédié à Daoukro avant la campagne électorale. Etes-vous surpris par sa victoire ?

Je ne suis pas trop surpris par sa victoire. Il était possible qu’il gagne les élections. Julius Maada Bio est venu me voir pour que nous allions rencontrer le président Henri Konan Bédié à Daoukro. Pour quelle raison ? C’est simple. Parce que la Côte d’Ivoire a été mêlée à la résolution de la guerre civile sierra léonaise à travers Maada Bio.

On oublie que Julius Maada Bio a rendu le pouvoir au président élu, Ahmad Tejan Kabbah, et est allé faire des études aux USA où il a obtenu un MBA. On voit en lui un ancien putschiste alors qu’il a une formation universitaire solide.

Julius Maada Bio connait la Sierra-Léone

Peut-il réussir à sortir la Sierra-Leone du marasme économique ?

Julius Maada Bio arrive dans une situation de crise aggravée par l’épidémie de la fièvre Ebola qui a provoqué la mort de milliers de personnes.

Tous les pays ont des problèmes. Aujourd’hui, Julius Maada Bio connait le pays ; il a fait l’académie militaire de Freetown. Il connait la configuration de tous les problèmes de son pays. Il faut dire que le président Bio était très populaire pendant le court séjour passé au pouvoir. Il a eu le courage d’imposer aux militaires le chemin de la paix ; ce qui fait qu’il était très respecté par les Sierra-léonais. Les anciens lui en seront gré. Il a perdu face à Ernest Bai Koroma et je crois qu’il a tiré leçon de ses échecs.

Il maitrise bien son parti

Il a été choisi par son parti après une compétition interne entre 11 candidats. Tout cela montre qu’il maitrise bien son parti. Julius Maada Bio a tous les atouts pour réussir sa mission parce qu’il a parlé de rassemblement lors de son discours d’investiture. Il faut dire que la Sierra-Leone a été gouvernée par deux formations : le SLPP et l’ACP.  C’est donc une alternance entre les deux partis. Mais avec la configuration actuelle, il a la Présidence mais pas la majorité au Parlement. Il a fait un appel pour que tous ensemble, ils puissent relever les défis.

Il doit tendre la main à l’opposition

N’étant pas majoritaire au Parlement, il doit tendre la main à l’opposition parce qu’il faut une majorité pour faire adopter les lois. Ce pays dispose de nombreux cadres, dont le secrétaire adjoint chargé des questions financières sous Javier Perez de Cuellar, James Jonah. Parmi les candidats à la présidentielle, il y a un qui a été Directeur Général de l’ONUDI à Vienne. Il y a une brochette de compétences qu’il doit pouvoir mobiliser. En politique, la défaite est toujours amère. Les hommes d’Ernest Bai Koroma n’ont jamais digéré leur défaite parce qu’ils étaient convaincus qu’ils allaient gagner les élections.

Bailly Koroma a été désavoué par les membres de son propre parti

C’était prévisible qu’ils perdent. J’étais sûr que Maada Bio allait gagner les élections parce que Koroma a essayé d’avoir un troisième mandat. Il a été désavoué par ses propres partisans parce qu’il a démis d’une façon brutale son vice-président qui devait lui succéder. Ce qui a suscité une scission au sein de son parti ; ce qui allait porter préjudice à son candidat, le ministre des Affaires étrangères, Kamara Samura.

Kamara Samura était inconnu en Sierra-Léone

Ce dernier avait une faiblesse parce qu’il a plus travaillé à Londres qu’en Sierra-Leone. Il n’avait pas d’enracinement dans son parti. Au regard de tous ces facteurs, Maada Bio avait beaucoup de chances de gagner parce qu’il allait pouvoir rallier d’autres candidats.

Propos recueillis par Nomel Essis du quotidien l’Expression