mercredi, octobre 5, 2022
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STRUCTURATION DE L’ISLAM DE FRANCE : « ON A ENVIE D’Y CROIRE »

Le Forum de l’islam de France (Forif) s’est réuni à Paris samedi 5 février. Quatre-vingts personnes engagées dans le culte musulman sont venues de toute la France pour « écrire une nouvelle page » dans l’histoire de la deuxième religion du pays, après l’échec du Conseil français du culte musulman.

 « Il n’existe nul motif pour penser que l’islam ne puisse pas trouver sa place, comme toutes les autres religions, au sein de la République française. Oui, l’islam est une religion française, une religion comme les autres. ».

C’est par un discours rassurant que le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, s’est adressé, samedi 5 février après-midi, aux 80 participants à la première édition du Forum de l’islam de France (Forif). La séquence, très politique, avait lieu dans l’hémicycle du Conseil économique social et environnemental (Cese), au palais d’Iéna, à Paris.

Sortir d’un « islam consulaire »

Fustigeant aussi bien les populistes que les islamistes – et leur « projet » commun de combattre la République laïque –, le ministre a insisté, dans ce discours d’une demi-heure, sur l’urgence de sortir d’un« islam consulaire » par trop dépendant des pays étrangers. D’où la nécessité d’imaginer une « nouvelle forme de dialogue, plus ouvert, plus divers, plus représentatif de la réalité de l’islam de France ».

Souhaitée par le président Macron et inspirée du modèle allemand, cette « nouvelle forme de dialogue » porte un nom : le Forum de l’islam de France. Annoncée en décembre, elle vise à tourner la page du Conseil français du culte musulman (CFCM), créé par Nicolas Sarkozy en 2003 mais miné par des dissensions internes.

Entérinant la fin du modèle d’un « représentant unique du culte musulman » auprès des pouvoirs publics, Gérald Darmanin a confirmé que celui-ci cédait désormais la place à « des collectifs organisés par thématiques pour obtenir des résultats concrets ».

Acteurs de terrain

« Concret », « efficace », « constructif », « de bonne volonté » : ces mots n’ont cessé de résonner, samedi, sous les hauts plafonds du palais d’Iéna. Les 80 participants au Forif choisis par l’État – notamment par l’intermédiaire des préfets après les assises territoriales de l’islam de 2018, 2019 et 2021 – étaient pour les deux tiers des acteurs de terrain (imams, associatifs, etc.). Le plus souvent engagés dans le culte à titre bénévole, ces ingénieurs, entrepreneurs et autres enseignants venaient de tout le territoire, de l’Aude au Pas-de-Calais.

 « On évite de s’emballer et de se voir déjà comme le substitut du CFCM : si on est là, c’est comme des experts, pour contribuer à la réflexion », insiste Abdessalem Souiki, professeur de mathématiques et imam indépendant à Marseille. Même prudence du côté de Mohammed Khenissi, fondateur de l’association Herméneute pour le dialogue interreligieux, qui qualifie la démarche d’« embryonnaire » bien que « très attractive ». « On a envie d’y croire », résume-t-il.

Ambiance « chaleureuse »

Comme lui, plusieurs participants au Forif reconnaissent avoir d’abord été réticents à répondre à l’invitation du gouvernement : n’y avait-il pas là une manœuvre politicienne, à deux mois de l’élection présidentielle ? Et pourquoi une telle précipitation, entre décembre et février ? À l’issue de cette première journée en plénière, qui devrait se réitérer chaque année, l’enthousiasme semblait toutefois l’emporter, dans une ambiance qualifiée de « chaleureuse ».

L’ambiance était aussi studieuse, notamment quand les quatre groupes de travail – de 12 à 20 membres – ont rendu compte à Gérald Darmanin de leurs premières conclusions. Ces groupes, qui se sont déjà réunis plusieurs fois par visioconférence en amont de cette journée, ont planché sur l’organisation des aumôneries, la professionnalisation des imams, l’application de la loi contre le séparatisme et les actes antimusulmans.

Un cinquième groupe de travail devrait bientôt voir le jour sur la question cruciale du financement du culte. Le consultant Hakim El Karoui, qui porte depuis des années un projet visant à réguler le marché du pèlerinage à La Mecque, est venu exposer sa démarche de certification des agences. Le sujet, sensible, a suscité des remous lors des débats de la matinée.

Niveau départemental

L’objectif du Forif est bien, à terme, de structurer le culte musulman au niveau départemental, par le biais de conseils de mosquées et de conseils d’imams. Pour l’heure, dit-on en coulisses, ce forum n’a rien d’une instance représentative. Mais la question de savoir qui jouera le rôle d’interlocuteur auprès des pouvoirs publics ne manquera pas de se poser.

Quant à celui qui jouait ce rôle jusqu’ici, le CFCM, il pourrait s’auto dissoudre dans les prochaines semaines. Une issue prônée par son président, Mohammed Moussaoui. Présent samedi au Forif, il prévient toutefois que cela s’annonce « très difficile ». Une majorité des deux tiers est en effet requise pour procéder à une telle dissolution ; or la question ne fait pas consensus au sein du bureau.

« Je n’ai vu personne vouloir devenir le chef »

Le groupe de travail dont je fais partie (sur la professionnalisation des imams, NDLR) s’est réuni une dizaine de fois depuis début janvier, en visioconférence. Deux fois avec Mariam Dembélé, responsable du pôle islam au Bureau central des cultes (BCC) du ministère de l’intérieur, et huit fois sans elle, y compris par sous-groupes thématiques : sur le statut de l’imam, sa formation, son contrat de travail, etc. Je n’ai vu personne vouloir prendre la tête de notre groupe ou devenir le chef. Cela peut paraître banal, mais c’est un vrai changement de logiciel par rapport à l’ère CFCM ! Je ne crois pas que les musulmans lambda se sentent concernés par le Forif. Mais s’il y a des résultats, ils les verront.

Mélinée Le Priol, in Lacroix

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