dimanche, septembre 27, 2020
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TRUMP MISE SUR L’IMMUNITE COLLECTIVE ET PRETEND QUE LE VIRUS VA « S’EN ALLER »

Interrogé sur ABC News mardi soir lors d’une émission avec des électeurs, le président des Etats-Unis a de nouveau répété que le coronavirus allait disparaître de lui-même. Il a laissé entendre qu’il comptait pour cela sur l’immunité collective.

 

Voilà bientôt 8 mois que Donald Trump répète que le coronavirus va tout simplement disparaître. Le président des Etats-Unis, depuis le mois de janvier dernier, n’a cessé de laisser entendre que la pandémie qui a d’abord frappé Wuhan en Chine allait se résorber, «comme par miracle», a-t-il même promis le 27 février. Les prédictions enthousiastes du président ont été cruellement démenties par le terrible bilan du Covid-19 aux Etats-Unis : 195 942 morts, selon les dernières données publiées par l’université Johns Hopkins. Les récentes révélations du journaliste Bob Woodward ont de plus jeté le trouble : le président était bien informé de la dangerosité du virus dès le début du mois de février et il a même admis auprès de l’enquêteur avoir sciemment minimisé la gravité de la crise. Tous ces éléments n’ont pas empêché Donald Trump de marteler une énième fois que le SARS-CoV-2 allait purement et simplement disparaître.

Invité d’une émission présentée par le journaliste George Stephanopoulos où il répondait aux questions des électeurs sur la chaîne ABC News, le président des Etats-Unis s’est voulu rassurant : «Ça va aller pour nous et c’est en train de s’en aller. Et ça va s’en aller encore plus vite grâce au vaccin. Ça disparaîtrait sans le vaccin, George. Mais ça va disparaître bien plus vite.»

-«Ça va disparaître sans le vaccin?», l’a relancé le modérateur, incrédule. -«Bien sûr, au bout d’un moment. Bien sûr, avec du temps, ça s’en va», a rétorqué Trump.

-«Et beaucoup de morts…»

-«Et vous développerez… genre… la mentalité collective… Ça va être développé collectivement et ça va arriver. Tout ça va arriver! Mais avec le vaccin, je pense que ça va disparaître très vite. Je pense que nous avons passé le pire et j’y crois fortement», a assuré Donald Trump, dans ce qui ressemblait à une allusion à l’immunité collective, un seuil théorique à partir duquel suffisamment de membres d’une population ont été contaminés par un pathogène pour stopper sa progression*.

Un conseiller présidentiel sans expérience des maladies infectieuses ou de l’épidémiologie

La référence à l’immunité collective, pour torturée qu’elle fut, n’est pas le fruit du hasard. Donald Trump y a déjà fait allusion, vraisemblablement sous l’influence d’un de ses conseillers scientifiques, Scott Atlas, dont la presse américaine a rapporté début septembre qu’il était partisan de méthodes peu orthodoxes et souvent contestées par le reste de la communauté scientifique. Selon le «Washington Post», qui a le premier levé le voile sur le rôle du docteur Atlas, un neuroradiologue sans expérience des maladies infectieuses ou de l’épidémiologie, c’est l’approche suédoise qui lui sert de modèle. La mortalité en Suède compte parmi les pires au monde, comparable à celle aux Etats-Unis et en Italie, et sensiblement supérieure à celle de la France.

Un article publié par la revue «Nature Reviews Immunology» le 9 septembre estime d’ailleurs que le coût de la recherche de l’immunité collective «naturelle», c’est-à-dire sans l’appui d’un vaccin, serait extrêmement élevé. Les auteurs, en partant d’un seuil d’immunité collective «optimiste» à 50%, estiment que cette méthode causerait entre 500 000 et 2,1 millions de morts aux Etats-Unis. Pour la France, cela représenterait entre 100 000 et 450 000 morts.

A un peu plus d’un mois et demi de l’élection présidentielle, Donald Trump campe toujours sur ses positions concernant la pandémie de coronavirus. Sur ABC News mardi soir, il a ainsi de nouveau mis en doute l’efficacité des masques. Il a aussi refusé d’admettre la moindre erreur. «Alors, vous ne regrettez rien?», a insisté George Stephanopoulos. «Non, je pense qu’on a fait un super boulot», a répondu Trump.

*Une définition publiée sur le site de l’Institut Pasteur : «L’immunité collective correspond au pourcentage d’une population donnée qui est immunisée/protégée contre une infection à partir duquel un sujet infecté introduit dans cette population va transmettre le pathogène à moins d’une personne en moyenne, amenant de fait l’épidémie à l’extinction, car le pathogène rencontre trop de sujets protégés. Cette immunité de groupe, ou collective, peut être obtenue par l’infection naturelle ou par la vaccination (s’il existe un vaccin bien entendu).»

ParisMatch

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