lundi, mars 25, 2019
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CINEMA : #MEMEPASPEUR, QUAND DES FEMMES TEMOIGNENT DES AGRESSIONS SEXUELLES DONT ELLES ONT ETE VICTIMES

En parlant pour la première fois, en marge du Fespaco, du harcèlement dont elles ont été victimes, des professionnelles du cinéma africain entendent libérer la parole et assainir le secteur. Avec le mouvement #Memepaspeur, un #MeToo à l’africaine semble être né.

Tout est parti d’un témoignage douloureux, poignant, celui de Nadège Beausson-Diagne, actrice qui aura attendu dix-huit ans avant de réussir à s’exprimer. Lors d’une table ronde sur « La place des femmes dans l’industrie du cinéma africain et de la diaspora », organisée mercredi 27 février au Marché international du cinéma et de la télévision africains (Mica), au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), la comédienne a partagé une expérience traumatique dont elle n’avait jamais parlé, même à ses amis les plus proches.

Elle a révélé qu’un réalisateur africain l’avait harcelée, tenté de la violer, et que devant son refus, il lui avait fait subir de nombreuses pressions. « Il m’a isolée de l’équipe technique, a interdit à tout le monde de me parler, a coupé certaines de mes scènes au montage, a menacé de bloquer mes billets d’avion… Je le suspecte même d’avoir cherché à m’intoxiquer. Et ce réalisateur, qui n’a jamais été inquiété, est actuellement présent sur le festival… », a-t-elle confié.

Série de témoignages

Grâce à son témoignage, Nadège Beausson-Diagne voulait « libérer la parole des femmes », et la suite lui a donné raison. La réalisatrice Mariette Monpierre a également témoigné : « On m’a dit plusieurs fois dans ma carrière : “Si tu veux le boulot, il faut que tu couches…”

Puis une actrice présente dans l’assistance, Nathalie Vairac, a remercié Nadège de son courage avant de se confier elle-même. « J’ai été accueillie par un réalisateur, pour le casting de Fatou la Malienne [téléfilm de Daniel Vigne, dont le nom a été cité pendant le colloque, diffusé pour la première fois en mars 2001, ndlr]), ce monsieur me reçoit et me dit : “Quand est-ce qu’on couche ?” Lorsque je lui réponds qu’il ne se passera jamais rien, il rétorque : “Eh bien à partir de maintenant tu n’auras plus de place dans le cinéma français, je te grille partout” », a-t-elle révélé, en ajoutant : « Lorsque l’on est une femme noire, on est doublement un objet de désir, à cause des fantasmes liés à la couleur de peau. » Pour une infraction relevant du harcèlement sexuel, le délai de prescription est de six ans en France, le réalisateur ne peut donc plus être inquiété par la justice.

Un autre cas d’agression, physique cette fois, a été évoqué par l’actrice Aïssa Maïga : celui d’Azata Soro, deuxième assistante du réalisateur burkinabè Tahirou Tasséré Ouédraogo. Cette dernière, avertie par des amis et présente non loin du lieu des débats, a pu venir s’exprimer personnellement sur les violences qu’elle a subies. Sur le plateau de la série Le Trône, à la suite d’un différend, le réalisateur l’a insultée, frappée puis a cassé une bouteille de bière avant de taillader son visage, toujours marqué, sur la joue, par une cicatrice de plus de 8 centimètres. Le cinéaste a été jugé et condamné pour ces faits, mais nullement désavoué par la profession. De fait, Le Trône fait partie de la sélection officielle en compétition pour cette édition du Fespaco, et est soutenu par TV5 Monde.

#Memepaspeur, un #MeToo africain ?

L’ensemble de ces témoignages, regroupés, a montré à quel point de nombreuses femmes peinent aussi à être respectées en Afrique dans le secteur du cinéma. À quel point il est urgent que la parole se libère, et que la justice, mais aussi les institutions cinématographiques, tirent les conséquences de ces agressions. « Nous espérons créer de la solidarité avec nos sœurs, mais nous attendons aussi un soutien de la part des hommes et des responsables du Fespaco », a clamé la réalisatrice Pascale Obolo.

Rahma Benhamou El Madani, à l’initiative de la création de l’association Les cinéastes non alignées, en 2016, souhaite avec les autres membres du collectif créer une plateforme d’échange, « un espace de résistance où cette parole puisse être entendue et où les victimes puissent être conseillées. » La journaliste Hortense Assaga, qui modérait la table ronde, a proposé de créer le hashtag : #Memepaspeur.

Jeune Afrique

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