mercredi, août 4, 2021
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CÔTE D’IVOIRE, A L’HORIZON 2025 DEUXIEME PARTIE: MODERNISER L’ÉTAT ET PROMOUVOIR L’INCLUSION SOCIALE

Cet article est un décryptage de Zyad Limam du  mensuel Afrique Magazine

Dans cet article  il s’étend sur la situation de la Côte d’ivoire en partant de l’annonce du président Alassane Ouattara à se retirer du pouvoir au profit du  premier ministre Amadou et au changement de cap à la suite du décès de ce dernier

Dans la première partie nous mis mettre l’accent sur la décision du  Président Alassane Ouattara de se représenter après le décès du premier ministre Amadou malgré les soubresauts qu’aurait pu  provoquer une telle décision

Dans cette seconde partie, nous allons mettre en évidence les enjeux économiques qui  s’imposent pour l’horizon 2025

LA MARCHE ECONOMIQUE

 Moderniser l’État et  promouvoir l’exclusivité sociale

Il y a un plan et un programme. Une ambition qui avait été largement « écrite en grand et dans les détails » par Amadou Gon Coulibaly, Patrick Achi et l’équipe dont ils s’étaient entourés. Des études ont été menées, un benchmark a été mis en place avec des pays comparables, on a regardé de près l’exemple de pays asiatiques et leurs modèles de développement. Une stratégie à moyen terme sur dix ans a été validée par le président. Il faut aller plus vite, plus loin, de manière plus agile. L’objectif est de doubler, à nouveau, la richesse nationale du pays, de toucher les frontières d’un PIB aux alentours de 100 milliards de dollars en 2030. Il s’agit de moderniser l’État, de promouvoir l’inclusivité sociale, d’aider la jeunesse à participer pleinement à l’émergence, via l’éducation et la formation professionnelle. Et surtout de pousser au développement du secteur privé, perçu comme la véritable clé. Et l’outil privilégié pour absorber le nombre impressionnant des nouveaux entrants sur le marché du travail.

Faire du « made in Ivory Coast » une mission nationale

Dans dix ans, les Ivoiriens seront près de 35 millions, dont une très grande majorité de jeunes de moins de 30 ans. Pour absorber cette vague démographique, l’innovation, l’entreprise, l’industrialisation du pays deviennent des priorités nationales, stratégiques. Produire et transformer en Côte d’Ivoire, et faire du « made in Ivory Coast » une mission nationale. Dans l’agriculture, le cacao, les fruits, mais aussi dans d’autres secteurs, portés par l’augmentation des consommateurs solvables : automobile, biens d’équipement, pharmacie… Que ce soit pour les PME ou les champions nationaux capables de viser plus grand.

Le PIB global a plus que doublé

Le projet n’est pas hors de portée. Le chemin parcouru depuis dix ans permet de s’appuyer sur des bases solides. Sur les deux premiers mandats d’Alassane Ouattara, le PIB global a plus que doublé, passant de 25,4 milliards de dollars en 2010 à 58,8 milliards de dollars en 2019. Selon les statistiques les plus récentes, le revenu par habitant est devenu l’un des plus élevés de l’Afrique subsaharienne : 2 286 dollars à la fin de 2019, soit un niveau désormais supérieur à ceux du Ghana (2 202 dollars) et du Nigeria (2 230 dollars), et dépassant largement celui du Kenya (1 816 dollars). Les investissements massifs dans les infrastructures soutiennent la croissance économique. Dans certains secteurs, le pays est incontournable. Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire est une puissance agricole (anacarde, fruits, caoutchouc naturel, palmier à huile, café…). Elle bénéficie d’un vaste marché régional, la zone Uemoa (Union économique et monétaire ouest-africaine), et sûrement demain une perspective continentale avec la Zlecaf (Zone de libre-échange continentale africaine). Et dispose d’un accès aux marchés

internationaux. Cette politique de croissance dépasse de loin l’exigence des chiffres ou les discours convenus sur l’émergence.

L’économie est au cœur du projet social et politique

L’économie est au cœur du projet social et politique. Un élément central de la stabilité. Le pays s’enrichit vite, mais il reste, là aussi, fragile, avec de sérieuses disparités sociales et géographiques. L’informel représente encore 80 % des emplois. Les Indicateurs de développement humain (IDH), malgré les progrès réels, constatés depuis 2011, sont en retard par rapport à l’évolution économique. Et la pression démographique viendra accroître la pression sur les catégories les plus fragiles de la population. Investir dans la lutte contre la précarité et la pauvreté est une priorité en matière de stabilité. C’est le sens du grand programme social 2019-2020, et aussi le sens des multiples programmes de soutien accordés dans le cadre de la lutte contre le Covid-19.

Les enjeux changent

La croissance économique génère également une forme de modernité, qui éloigne progressivement des clivages du passé. Les enjeux changent. Une classe moyenne est en train de naître. Et ce qui compte aujourd’hui pour une grande partie de ces nouveaux Ivoiriens, c’est l’emploi, la santé, l’éducation, les opportunités, l’accroissement de leurs revenus. Des entrepreneurs, des créateurs, des designers veulent faire vivre cette ambition ivoirienne. La croissance bouscule les anciens schémas, lentement, mais sûrement. Abidjan est une ville de brassage, ouverte sur le monde. Et la Côte d’Ivoire est jeune. Et la jeunesse, c’est l’énergie.

Le pari de la modernisation

C’est l’un des points clés du programme présidentiel. Moderniser l’action publique, entrer dans une logique « d’État manager », qui impulse, qui oriente, qui favorise l’action du secteur privé. Qui régule en évitant la bureaucratie et les lourdeurs administratives. L’administration devient avant tout un catalyseur d’énergie. Le programme présidentiel prévoit un certain nombre d’actions : digitalisation des services publics, valorisation des talents, contrat de performance dans la haute fonction publique, promotion de la méritocratie, de l’éthique, de la lutte anticorruption, décentralisation régionale des compétences, participation des citoyens, etc.

Une véritable révolution

En clair, une véritable révolution pour un « appareil » souvent figé dans ses habitudes et ses faiblesses structurelles. Comme le souligne ce spécialiste ivoirien, « la réforme de l’État, c’est en premier lieu une question de budget, pour pouvoir agir sur la mise à niveau d’un système administratif encore très fragile. Et d’affectation de ces budgets. Entre le pouvoir politique, les syndicats, les entreprises aussi, il n’est pas facile de définir des priorités communes… » Et il faut tenir compte des résistances et des craintes d’une administration à qui l’on demande des changements systémiques pour être à la hauteur des défis de l’émergence.

Attirer de nouveaux talents, des personnalités de haut niveau

Le débat est ancien et pourtant essentiel. Dans la bataille pour le développement, un service public de qualité est incontournable. D’autant plus incontournable que les enjeux sont et seront de plus en plus complexes : changement climatique, démographie, financement, nouvelles technologies, communications… Orienter un pays émergent de près de 30 millions d’habitants suppose du leadership et de la sophistication à tous les étages de la machine. L’une des clés serait évidemment d’attirer de nouveaux talents, des personnalités de haut niveau. Et des jeunes qualifiés vers les métiers de la fonction publique.

La route ne sera pas simple. Comme le souligne ce haut responsable : « Nous avons le mérite de lancer le chantier, de tracer la voie. Mais l’État, c’est souvent perçu comme le métier des “politiques”, de ceux qui n’ont pas pu faire carrière ailleurs… Et c’est souvent mal payé. Recruter à haut niveau représente un véritable défi au moment où les talents sont tous portés vers le monde de l’entreprise. »

L’impérative sécurité

C’était l’une des préoccupations majeures d’Amadou Gon Coulibaly, Premier ministre et candidat. Et c’est l’une des préoccupations premières du président Alassane Ouattara. Comment assurer la sécurité du territoire, comment protéger l’émergence face à la menace djihadiste qui sévit dans le Sahel. Et qui cherche à frapper les pays côtiers. Le pays est une « cible ». Il partage une longue frontière commune avec le Mali et le Burkina Faso, sur plusieurs centaines de kilomètres. Des troupes françaises sont installées à Port-Bouët. Des attaques ont déjà eu lieu. La Côte d’Ivoire joue un rôle stratégique, de « profondeur » dans la mise en place des actions à l’échelle régionale. Elle se sent partie prenante à l’effort des pays du G5.

Une forme de modèle d’ouverture

La Côte d’Ivoire, c’est aussi une forme de modèle d’ouverture, malgré ses tensions internes. Un cas particulier de cosmopolitisme africain. Une société ouverte, d’accueil, celle du fameux akwaba, c’est un pays d’émigration nombreuse. Celle des pays voisins, d’un peu plus loin en Afrique, mais aussi celle venue du Liban, d’Europe, et même d’Asie. Un pays multiple, où l’église peut encore côtoyer la mosquée, où l’animisme voisine avec les monothéismes. Depuis 2011, l’État a fortement investi dans ses moyens de défense, de surveillance. Et de renseignement, aussi, en coopération avec les pays voisins, la France, les États-Unis. L’armée a fait l’objet de plans de modernisation. Des forces d’élite ont été mises en place. Le contrôle des frontières particulièrement renforcé. L’effort devra continuer tout au long des années à venir. L’émergence a un besoin vital de sécurité.

Le défi générationnel

Le projet présidentiel a de l’ambition. Pour ADO, l’histoire continue. Ce mandat s’avère crucial pour la stabilité et le développement de la Côte d’Ivoire. Il est le président d’un pays d’opportunités et d’avenir, dont les progrès se mesurent à vue d’œil. Il est aussi le président d’un pays jeune et exigeant. L’éducation, la formation, l’emploi, l’égalité femmes-hommes restent au cœur d’une économie moderne. Les nouvelles générations cherchent leur place dans cette société en construction, dans le projet d’émergence. Ils et elles veulent imprimer leur marque. Le RHDP a entamé cette transition. Hamed Bakayoko et Patrick Achi incarnent la génération quinqua. Les quadras et les trentenaires sont là aussi. Les autres partis politiques ne sont pas à l’abri de ce coup de jeunisme. Le PDCI et le FPI ne feront pas l’économie d’un renouvellement des cadres, parmi lesquels les plus jeunes sont soucieux de prendre la main… Côté société civile, le mouvement est encore plus rapide. Une demande d’un autre débat politique et sociétal s’impose.

Une relève s’organise.

Une relève s’organise. On demandera certainement à Alassane Ouattara d’organiser cette relève. D’user de son autorité et de sa légitimité pour la mener sans heurts. Le décès brutal d’Amadou Gon Coulibaly a imposé une « correction de trajectoire », une nouvelle temporalité. Mais l’objectif d’assurer cette transition de générations dans des conditions optimales demeure.

Par Zyad Limam

 

 

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