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COVID-19 : LE VATICAN PREPARE LE MONDE D’APRES.

  À la demande du pape, une commission réunissant des experts du Vatican, en lien avec des organisations internationales, planche sur l’après Covid-19. Avec des objectifs ambitieux qui seront présentés à François, vendredi 26 mars.

Covid-19: le Vatican prépare le monde daprès

François doit recevoir, vendredi 26 mars, des responsables de la commission vaticane Covid-19, qu’il a personnellement chargés de réfléchir sur « le monde d’après ». Lors de ce rendez-vous avec le pape, ils exposeront le fruit de leurs réflexions menées depuis plus d’un an, au moment où le monde entier était déjà sous le coup de la première vague de l’épidémie.

C’est que, très vite, le pape François a ressenti que la crise offrait une occasion historique de mener les réformes profondes qu’il appelle de ses vœux depuis le début de son pontificat. Sur le plan écologique, notamment, mais aussi dans le monde de la finance. Il a multiplié les prises de parole sur le sujet et même réécrit une partie de sa dernière encyclique, Fratelli tutti, dans laquelle il ne cesse d’insister sur la fraternité comme unique méthode pour sortir de la crise.

Depuis, le pape a suivi de très près les travaux de la commission, dont les avancées sont arrivées chaque vendredi dans son bureau. Et dont les responsables lui présenteront cette fois-ci un rapport annuel contenant trois objectifs, détaillés à La Croix par le père Augusto Zampini, chargé de piloter les travaux de la commission : « santé pour tous, en particulier dans le domaine des vaccins », « nourriture pour tous », « emplois pour tous ».

L’écho de la voix du pape

Dès le printemps, le Vatican a constitué cinq groupes de travail, réunissant les meilleurs experts, à l’image de l’économiste et religieuse Alessandra Smerilli, qui est l’une des chevilles ouvrières, à la demande de François, de la réflexion sur l’économie. C’est aussi le cas de la sœur Carol Keehan, qui a présidé entre 2005 et 2019 l’Association catholique de la santé des États-Unis.

La religieuse, qui figurait en 2010 parmi les 100 personnes les plus influentes dans le monde, selon Time Magazine, a particulièrement planché sur le vaccin. « Nous avons travaillé sur des guides, par exemple pour les familles, afin d’expliquer que la vaccination relève, comme le dit le pape, d’un devoir moral, mais aussi d’un acte de charité envers les autres », explique-t-elle depuis Washington, où elle vit. L’un de ces documents devrait par exemple être envoyé d’ici à la fin mars à toutes les conférences épiscopales du monde.

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Depuis plusieurs semaines, cette religieuse membre des Filles de la charité de Saint-Vincent-de-Paul est en contact régulier avec l’Organisation mondiale de la santé ou la fondation Gates, auprès de qui elle plaide aussi pour que les vaccins soient distribués de manière équitable, et non pas seulement aux pays les plus riches. Ses interlocuteurs, dit-elle, lui accordent une écoute inattendue. « Je dois avouer que je suis assez étonnée de l’écho rencontré par la parole du pape, y compris dans des milieux très laïcs. »

Elle raconte cette anecdote : « Il y a peu, un scientifique de tout premier plan m’a interpellée : “Il y a beaucoup d’endroits dans le monde où la parole des meilleurs scientifiques ou des politiques n’a aucune valeur. Les gens ont besoin d’une institution en laquelle ils ont confiance, qui était là avant la crise, et qui sera là après. C’est pour cela que nous avons besoin de l’Église pour promouvoir la vaccination.” »

« L’Église continue d’annoncer que Dieu n’oublie pas l’homme »

Parallèlement à la réflexion sur le monde d’après, le Vatican a aussi débloqué des aides à court terme, à travers Caritas internationalis, qui réunit le réseau mondial des Caritas, lancé dans la bataille dès le mois de mars. En un an, 3,6 millions d’euros ont été versés à une quarantaine de projets, comme des campagnes sur l’hygiène ou du soutien alimentaire dans certains pays du Sud, ou de l’aide aux migrants en Inde.

« Sur le fond, nous travaillons à la mise en œuvre concrète de l’annulation de la dette. Cet argent doit être utilisé pour mettre en place des actions de développement durable, explique Aloysius John, le secrétaire général de Caritas Internationalis. Il ne suffit pas de donner le vaccin dans les pays du Nord pour que tout se résolve d’un seul coup… »

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« L’Église continue d’annoncer que Dieu n’oublie pas l’homme, même dans les crises les plus fortes, et c’est pour cela qu’elle a le devoir de participer à la construction de solutions pour l’avenir », renchérit le père Renzo Pegoraro, le chancelier de l’Académie pontificale pour la vie. L’académie a activement participé, elle aussi, à la réflexion sur la vaccination, mais aussi sur la manière dont l’épidémie frappe les soignants ou les personnes handicapées.

Sur le plan de la méthode, les travaux de cette commission constituent en fait une petite révolution au Vatican, où les dicastères sont plutôt habitués à travailler en silo. « Nous avons appris à travailler ensemble, à croiser les expertises, se réjouit le père Pegoraro. Les médecins, les économistes, les théologiens, en lien avec les organisations internationales. J’espère cela se poursuivra. »

 « Nos propositions ne sont pas naïves »

Père Augusto Zampini, membre de la commission vaticane Covid-19

« Dès le début, le pape nous a fixé pour objectif de préparer l’avenir, d’imaginer un nouveau futur. Il ne s’agit pas de réparer l’existant, mais de considérer cette crise comme une occasion pour changer de modèle. Pendant un an, nous avons écouté les acteurs de terrain, dont les Églises locales et les Caritas. Cela a alimenté la réflexion qui s’est faite ici, pas seulement pour l’Église, mais aussi pour le monde. Nos propositions ne sont pas naïves. Nous savons que cela ne sera pas simple. Mais le fait même que nous soyons écoutés par des institutions internationales comme l’OMS, la FAO ou le PAM prouve que l’on ne peut pas se contenter de nous qualifier d’utopistes. Elles demandent des réformes systémiques sur tous les plans : sanitaires, économiques, écologiques et agricoles. »

Loup Besmond de Senneville (à Rome), le 26/03/2021 à 07:30 Modifié le 26/03/2021 à 09:03

 

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