mercredi, décembre 8, 2021
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CULTURE : LE BENIN ATTEND LE RETOUR DE SES TRESORS ROYAUX

Avant leur restitution début novembre, le Musée du Quai-Branly expose les 26 trésors royaux d’Abomey. Organisée conjointement, une semaine culturelle réunit experts français et béninois. Au Bénin, le compte à rebours est lancé.

« Les trésors royaux rentrent au Bénin ». Le slogan de la campagne lancée la semaine dernière sur les réseaux sociaux par le gouvernement est sobre. Il s’accompagne d’une photo de la statue du roi Glélé, mi-homme mi-lion, conservée en France depuis presque 130 ans. Il s’accompagne aussi de sorties médiatiques des autorités, qui confirment le retour imminent des biens culturels. « Le choix de réclamer ces œuvres a pour but de restaurer la mémoire collective et d’enrichir notre offre touristique », a rappelé Aurélien Agbenonci, ministre des Affaires Etrangères lors d’une conférence de presse.

Les 26 pièces, exposées jusqu’à dimanche à Paris, avaient été emportées par le colonel Dodds, chef des troupes françaises lors du sac des palais d’Abomey, capitale du royaume du Danhomè, en 1892. Il s’agit de deux grands trônes finement travaillés de Ghézo et Glélé, leurs totems royaux ainsi que celui de Béhanzin, deux portes sculptées, une tenue d’amazone, des asen (autels portatifs), des récades (bâtons royaux) et des tentures.

« Personne n’y croyait, c’est un grand pas que le Bénin a fait, se réjouit Gabin Djimassé, directeur de l’office du tourisme d’Abomey, fin connaisseur de l’histoire et du patrimoine de sa ville, qui tempère aussitôt : si on m’avait permis de choisir, j’aurais aussi sélectionné des bijoux, un chapeau en perle unique. Les asen, nous en avons pleins dans notre musée ! ».

Environ 3 000 œuvres du Bénin au Quai Branly

Homme-requin (vers 1890) – royaume du Dahomey

Même satisfaction mêlée à la frustration pour José Pliya, chargé de mission patrimoine et tourisme à la Présidence : « On récupère dix pièces majeures. Mais on n’a pas été approché pour établir cette liste qui reprend l’intégralité de la collection personnelle de Dodds. Il n’y a pas eu de dialogue ! ».

C’est en août 2016 que le Bénin réclame via une lettre du chef de la diplomatie Aurélien Agbenonci les objets pillés à Abomey, sans donner de nombre ni d’inventaire précis. Son homologue Jean-Marc Ayrault refuse au nom de l’inaliénabilité des collections publiques.

Avec Emmanuel Macron, changement de ton. En 2018, il accepte le retour des objets spoliés lors de la colonisation, après la remise du rapport des universitaires français et sénégalais Bénédicte Savoy et Felwinn Sarr. Ils identifient 3 000 œuvres du Bénin au Quai Branly.

 « Ces 26 pièces, c’est une étape. Attention l’objectif n’est pas de tout réclamer, précise José Pliya. Nous voulons l’ensemble des butins de guerre et ce qui a été pris par les administrateurs coloniaux ». Et aussi la précieuse statue du dieu Gou, qui se trouve au Louvre.

Un temps d’acclimatation avant l’exposition

La restitution interviendra juste après cette exposition montée, démontée et mise en caisse avec deux conservateurs béninois. Le président Patrice Talon devrait signer le transfert de propriété à Paris le 9 novembre, un acte rendu possible à la suite du vote par les députés français d’une loi d’exception en décembre 2020.

Dans la foulée, les pièces seront ramenées à Cotonou par un avion-cargo spécialement affrété. Les Béninois devront attendre un mois minimum avant de retrouver leurs trésors, le temps que ceux-ci s’acclimatent. « Il y a une grande impatience des familles royales et de la population, note Gabin Djimassé, mais l’essentiel, c’est que les pièces soient sur notre sol ».

D’abord montrées à la présidence, elles seront ensuite exposées au fort portugais de Ouidah en cours de rénovation. D’ici trois ans, elles rejoindront le nouveau musée d’Abomey, construit sur le site classé des palais royaux.

Est-ce la dernière occasion de voir en France ces chefs-d’œuvre du patrimoine africain ? « Ce n’est pas exact de le penser, estime Alain Godonou, directeur du programme musées à l’Agence de Promotion des Patrimoines et du Tourisme. Ils sont appelés à circuler et quelques-uns pourraient bien être présentés un jour en France ou ailleurs dans le monde ». C’est le Bénin qui en décidera.

Exposition gratuite jusqu’au 31 octobre. Programme des colloques, tables rondes et concerts sur le site du Musée du Quai-Branly.

Delphine Bousquet (à Cotonou), pour LAcroix

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