samedi, décembre 3, 2022
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DIALOGUE INTER RELIGIEUX : LE PAPE FRANÇOIS ET LE GRAND IMAM D’AL-AZHAR, UNE AMITIE QUI DURE

À Bahreïn, le pape et le grand imam d’Al-Azhar se sont entretenus, vendredi 4 novembre, pour la sixième fois depuis 2016. Au Vatican, on ne cesse d’insister sur l’importance de la relation suivie entre les deux hommes, et son rôle pour encourager le dialogue entre chrétiens et musulmans.

Devant la mosquée du palais royal de Bahreïn, le vendredi, 23 hommes sont assis en arc de cercle. Les uns, à droite, sont vêtus de kamis, ces longues tuniques blanches portées par les dignitaires musulmans. Les autres, à gauche, ont passé des soutanes blanches filetées de rouge ou de violet. Entre les deux branches de ces demi-cercles, deux hommes ont pris place, alors que la nuit tombe, dans la cour de marbre blanc. Le pape et l’imam d’Al-Azhar, Ahmed Al Tayeb, ont participé vendredi 4 novembre à la rencontre du Conseil des sages musulmans, au deuxième jour de la visite papale dans ce petit royaume du Golfe.

Il faut dire que ce haut dignitaire sunnite a joué un rôle majeur dans l’organisation du voyage, et que cette rencontre, devant la mosquée de Bahreïn, est venue couronner un processus commencé il y a des années entre les deux hommes. Une amitié née entre François et Ahmed Al Tayeb, dont l’entourage du pape ne manque jamais de souligner la qualité et la profondeur.

« UNE AMITIE QUI COMPTE POUR FAIRE BOUGER LES CHOSES »

Car François entretient avec le grand imam, avec qui il a signé un document historique sur la fraternité humaine, en 2019, un rapport suivi. Les deux hommes s’écrivent et s’appellent, mais se rencontrent aussi régulièrement. Leur rendez-vous de Bahreïn est d’ailleurs le sixième depuis 2016, et le précédent date d’il y a quelques semaines seulement. Tous deux s’étaient en effet déjà revus en septembre, lors d’un congrès interreligieux organisé à Astana, la capitale du Kazakhstan.

 « C’est une amitié qui compte pour faire bouger les choses », affirme un haut responsable du Vatican, voyant dans la multiplication de leurs rencontres la preuve qu’un dialogue entre chrétiens et musulmans est toujours possible. « C’est un message pour tous les musulmans », juge quant à lui un proche du pape. Tandis que certains n’hésitent pas à rappeler, au Vatican, qu’en s’affichant ainsi auprès du pape, l’imam Al Tayeb prend le risque d’être fortement critiqué en interne.

« Ils se rencontrent et sont comme des frères, estime le président de la communauté de Sant’ Egidio, Marco Impagliazzo, très investi dans le dialogue interreligieux. Ils se parlent très librement. Or, nous sommes dans une situation où toute forme de dialogue est bienvenue. Cela ne peut que jouer en faveur des chrétiens dans le monde arabe. »

« TU AS ETE TRES COURAGEUX »

À Bahreïn, les deux responsables religieux ont une nouvelle fois affiché leur amitié, dans la matinée du vendredi 4 novembre, lorsqu’ils ont parlé côte à côte pour clôturer un forum interreligieux. L’imam y a notamment lancé « une invitation » à ses « frères musulmans chiites» pour mener une réflexion juridique commune et a affirmé qu’en pays majoritairement musulman, chacun devait avoir les mêmes droits, y compris ceux qui avaient une autre croyance. « J’appelle les érudits musulmans du monde entier, quelle que soit leur doctrine, leur courant ou leur école à organiser d’urgence la fraternité religieuse humaine », a-t-il lancé.

Des mots salués par le pape, quelques heures plus tard, au début d’un entretien privé mené dans un salon de la résidence mise à leur disposition par le roi de Bahreïn, au sein du palais royal. « Aujourd’hui, tu as été très courageux lorsque tu as parlé de dialogue entre les musulmans », a lancé François à l’imam, alors que les deux hommes s’installaient pour un dialogue de quelques dizaines de minutes, sous un grand portrait papal réalisé pour l’occasion.

UNE AMITIE STRATEGIQUE

« Je crois que nous avons de plus en plus besoin de nous rencontrer, de nous connaître et de nous prendre à cœur, de faire passer la réalité avant les idées », a ajouté un peu plus tard François, dans l’enceinte de la mosquée du palais royal. Une manière d’insister sur la nécessité de rencontres fréquentes entre les croyants, mais aussi entre leurs responsables.

De son côté, le grand imam joue de cette amitié pour se présenter comme un équivalent du pape dans le monde musulman. Cette présentation est toutefois très loin de la réalité, tant le monde musulman est fracturé, non seulement entre sunnites et chiites, mais aussi à l’intérieur même de ces courants.

Mais derrière des discours d’ouverture encourageant le dialogue entre musulmans et la lutte contre toute justification religieuse de la violence, souvent vantés au Vatican, Ahmed Al Tayeb n’hésite pas non plus à dénoncer ce qu’il considère comme la dépravation de l’Occident. En particulier l’homosexualité, défendue en Occident comme une « liberté » qu’il juge, pour sa part – ainsi qu’il l’a fait une nouvelle fois le 4 novembre, à la mosquée du palais royal de Bahreïn –, comme un élément participant au « chaos » du monde. Autant de critiques que l’on préfère éviter de commenter au Vatican, pour préserver une amitié qui semble aujourd’hui plus stratégique que jamais.

Loup Besmond de Senneville (envoyé spécial à Bahreïn),in La  Croix

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