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EN COTE D’IVOIRE, LE PREMIER VACCIN CONTRE LE PALUDISME SUSCITE L’ESPOIR

Comme nombre de ses voisins, la Côte d’Ivoire est très touchée par cette maladie parasitaire transmise par les piqûres de moustiques. Le vaccin britannique permettrait de réduire le principal problème de santé publique du pays.

La communauté scientifique et médicale ivoirienne est unanime : le tout premier vaccin contre le paludisme est « une très bonne nouvelle ». Pour le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il s’agit même d’un « moment historique » car ce vaccin « pourrait sauver des dizaines de milliers de jeunes vies chaque année », notamment en Afrique subsaharienne, région qui concentre 93 % des cas dans le monde. L’institution a recommandé, mercredi 6 octobre, de vacciner massivement les enfants vivant dans cette zone et dans toutes celles à risque.

Un vaccin testé pendant deux ans

En Côte d’Ivoire, 600 000 personnes contractent le paludisme chaque mois et 750 en meurent, dont les deux tiers sont âgés de moins de 5 ans. Fabriqué par le géant pharmaceutique britannique GSK, le « RTS, S » permettra de prévenir quatre cas de paludisme sur dix et trois formes graves sur dix. Ce vaccin de première génération a déjà été testé pendant deux ans au Ghana, au Kenya et au Malawi, à l’aide de 2,3 millions de dos

Également appelé malaria, le paludisme est transmis par le moustique et provoque de la fièvre, des maux de tête et des douleurs musculaires puis des cycles de frissons, fièvre et sueurs. Sa forme grave, le neuropaludisme, se manifeste par une forte fièvre et des convulsions, suivies d’un coma.

« Dans notre centre de santé, le paludisme est le principal motif de consultation, constate le docteur Ladji Kouyaté, directeur du service de santé scolaire et universitaire à Méagui, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Il s’agit de la première cause de mortalité des enfants et femmes enceintes et la première raison d’absentéisme des élèves. » Néanmoins, le recours à la médecine traditionnelle représente un frein à la prise en charge des malades. « Ce n’est pas encore tout à fait entré dans les mœurs d’aller à l’hôpital quand on est malade, même si les gens ont tendance à le faire un peu plus pour leurs enfants », explique-t-il.

 « Un coût psychosocial »

Pour les parents, le paludisme est synonyme de frais médicaux et d’arrêts de travail. « Un coût psychosocial » pointé par Julie Humbert-Kouadjo, cheffe du service pédiatrique de la clinique Pisam à Abidjan. Il est accentué dans les zones reculées, où l’accès aux soins est plus difficile. La doctoresse prend pour exemple « le cas d’une enfant qui habitait dans le nord du pays : heureusement, ses parents ont pu la transporter rapidement à Abidjan. C’est ce qui l’a sauvée, sinon elle serait décédée dans les vingt-quatre heures ».

La découverte britannique est bienvenue, d’autant que les moyens colossaux dépensés pour la recherche d’un vaccin contre le Covid ont pu laisser un goût amer, alors que le paludisme sévit depuis l’Antiquité. « C’est une très bonne nouvelle parce que le paludisme est un problème de santé publique », estime Serge-Brice Assi, parasitologiste à l’Institut Pierre-Richet, centre de recherche de pointe contre le paludisme situé à Bouaké, dans le centre du pays. « Il faudra continuer de surveiller ce vaccin et ses éventuels effets indésirables », suggère-t-il, impatient de voir son « efficacité réelle ». D’ailleurs, l’OMS espère que cette première encouragera les scientifiques à développer d’autres vaccins contre le paludisme.

Lutter contre les fausses informations sur les vaccins

Deux questions se posent désormais. D’abord, celle du financement d’une campagne massive de vaccination. L’Alliance du vaccin (Gavi), l’organisme qui codirige également le programme Covax de distribution de vaccins gratuits contre le Covid-19 aux pays démunis, a annoncé qu’elle allait examiner, avec les autres acteurs concernés, comment récolter des fonds.

Seconde interrogation : les Africains accepteront-ils de faire vacciner leurs enfants ? Les premières doses contre le Covid-19 envoyées sur le continent avaient suscité des réticences. Le docteur Kouyaté ne cache pas son « appréhension » face aux fausses informations. « Sur les réseaux sociaux, certains diront que ce vaccin est envoyé pour nous tuer ou pour réduire le nombre d’enfants », craint-il. Lui l’attend au contraire « avec impatience » : « Il va réduire notre charge de travail et nous pourrons nous concentrer sur les malades d’autres pathologies. »

Un fléau mondial

En 2019, on estimait à 229 millions le nombre de cas de paludisme dans le monde et à 409 000 le nombre de décès imputables à cette maladie. Un enfant en mourrait toutes les deux minutes.

En 2019, environ la moitié de la population mondiale était exposée au risque de contracter le paludisme. Mais la plupart des cas et de décès dus à cette maladie surviennent en Afrique subsaharienne.

À l’échelle du continent africain, le paludisme tue 260 000 enfants par an.

Toutefois, les régions de l’Asie du Sud-Est, de la Méditerranée orientale, du Pacifique occidental et des Amériques sont également des zones à risque.

Amandine Réaux (à Abidjan), le 08/10/2021 à 17:43 Modifié le 08/10/2021 à

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