lundi, novembre 19, 2018
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MONDIAL AU QATAR : DES OUVRIERS NE PERÇOIVENT PLUS DE SALAIRE DEPUIS PLUSIEURS MOIS

Ils étaient censés gagner leur pain à la sueur de leur front dans le chantier pharaonique du Mondial-2022 au Qatar, des dizaines, voire des centaines d’ouvriers étrangers, corvéables à merci, n’auraient même plus de quoi se payer leur maigre pitance car ils ne sont plus payés depuis des mois.

Ce sombre tableau d’un esclavagisme des temps modernes qui ne dit pas son nom a été dressé par Amnesty International, dans le cadre de son dernier rapport consacré à l’envers du décor du riche émirat-confetti du golfe Persique.

Le mythe de l’eldorado qatari, en se brisant, est source d’une cruelle désillusion pour de nombreux ouvriers en provenance du Népal, d’Inde et des Philippines, ces pauvres hères dont la misère humaine et sociale est exploitée sans vergogne, à l’aune des 1 700 euros d’arriérés de salaire (soit près de 10 mois de salaire), que leur doit la compagnie d’ingénierie Mercury MENA.

Amnesty International, après avoir recueilli les témoignages de 78 d’entre eux (leur nombre pourrait atteindre des centaines), qui se retrouvent ainsi piégés dans un pays de cocagne, sans ressources et surendettés pour certains, dénonce des destins brisés par ce non-paiement des salaires depuis février 2016. Ses responsables exhortent le gouvernement du Qatar à y remédier toutes affaires cessantes, sous peine de passer pour un Etat velléitaire et non pas résolu à agir dans le bon sens.

« En veillant à ce qu’ils reçoivent leurs salaires, le Qatar peut montrer qu’il est sérieux dans sa volonté d’améliorer les droits des travailleurs », a déclaré Steve Cockburn, directeur des questions mondiales à Amnesty International. L’ONG estime par ailleurs que le système dit de la «kafala» – qui permet aux entreprises d’interdire à ses employés de changer d’employeurs ou de quitter le pays – a favorisé l’exploitation par différentes sociétés de la main d’oeuvre étrangère.

Sur la sellette, alors que se profile à l’horizon une échéance footballistique cruciale en termes d’image, d’innovation et d’attractivité, les autorités qataries assurent avoir amélioré considérablement les conditions de travail des ouvriers immigrés, notamment au niveau de la «kafala» qu’elles affirment avoir commencé à démanteler.

Toujours selon Amnesty International, certains travailleurs ont été autorisés à quitter le Qatar, mais à leurs propres frais. L’un d’eux, Ernesto, un contremaître en tuyauterie des Philippines, qui n’a pas été payé pendant quatre mois, a déclaré qu’il était maintenant plus endetté qu’à son arrivée. En novembre dernier, le PDG de Mercury MENA, renvoyé à ses propres manquements, n’avait pu faire autrement que de reconnaître des « problèmes de trésorerie », un doux euphémisme…

Si May Romanos, l’auteure principale du rapport d’Amnesty International, observe toutefois « quelques améliorations, quelques réformes », elle déplore grandement leur « lenteur » face à l’extrême précarité des travailleurs étrangers qui triment, sans aucune gratification de quelque ordre que ce soit, pour faire sortir de terre des stades hors normes, à l’approche de 2022.