samedi, octobre 31, 2020
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MONNAIE UNIQUE DE LA CEDEAO: UN CASSE-TÊTE CHINOIS AU NIVEAU DE LA FAISABILITÉ

Dans notre dossier relatif à la monnaie unique au niveau de la CEDEAO, nous avons fait paraître le 14 juillet dernier, le premier chapitre de la réflexion de Monsieur Moritié Camara, Maitre de Conférences d’Histoire des Relations Internationales à l’université Alassane Ouattara de Bouaké avec comme titre

MONNAIE UNIQUE DE LA CEDEAO: UNE OBLIGATION ET NON UNE SIMPLE OPTION

Dans ce chapitre en question, notre consultant, affirmait que la création de l’ECO s’imposait compte tenu des réalités économiques imposées par la Mondialisation.

Dans ce deuxième chapitre, le professeur fait ressortir les difficultés techniques inhérentes à la mise en place de cette monnaie unique

NB : les titres et sous-titres sont de notre rédaction

Les convergences macro-économiques fondamentales

Il y a d’abord les questions techniques que l’on regroupe sous le vocable de critères de convergences macro-économiques qui sont fondamentales pour la création d’une monnaie unique entre des pays qui ont déjà leur propre monnaie.

Dans le cas d’espèce nous avons d’un côté, 8 pays qui utilisent le franc CFA arrimé à l’Euro une monnaie de premier ordre sur le plan international et qui possèdent déjà une union monétaire et de l’autre, 7 pays qui ont chacun leur propre monnaie nationale.

C’est à Lomé en décembre 1999 que les Chefs d’Etats ont défini 11 critères répartis en critères primaires ( Ratio du déficit budgétaire (hors dons) par rapport au PIB, Taux d’inflation de fin de période, Financement du déficit budgétaire par la Banque centrale, niveau des réserves extérieures brutes) et Critères secondaires (Interdiction d’accumuler de nouveaux arriérés, ratio recettes fiscales/PIB, ratio masse salariale/recettes fiscales totales, ratio des investissements publics financés sur les ressources internes, taux d’intérêt réels positifs, stabilité du taux de change réel.).

Seul le Libéria satisfait aux critères techniques

Seize ans après, dans la conclusion du rapport 2016 de la Commission de l’organisation sur les points de convergences, il est écrit aux points 588 et 589: « En ce qui concerne l’état de la convergence macroéconomique, seul pays (Liberia) a satisfait à tous les critères en 2016 et aucun critère n’a été respecté par tous les pays. (…) Dans le domaine de l’harmonisation des politiques et des arrangements institutionnels, peu de progrès ont été réalisés dans la ratification des protocoles et des conventions. Sur les 54 protocoles et conventions existants, deux pays ont ratifié plus de 50 au 1er novembre 2016. (…) »

Dès lors, à la rencontre des dirigeants tenue à Accra en Février 2018, il a été décidé « le recentrage et la réduction des critères de convergence de onze à six. » qui devraient être remplis par tous les pays en 2020 pour la création effective de la monnaie. Sauf que seuls le Ghana et la Côte d’Ivoire ont affirmé à l’issue du sommet pouvoir respecter cette échéance.

Des réserves émises par le Nigéria

Le Nigeria qui à lui seul représente plus de 72% du PIB de l’Espace communautaire a d’ailleurs émis de sérieuses réserves sur l’édulcoration des critères de convergence et estimé irréalistes certains objectifs inspirés de ceux de Maastricht notamment l’inflation en dessous de 5% à la fin de chaque année, un déficit budgétaire ne dépassant pas 4% du PIB, un déficit bancaire central en dessous de 10% des recettes fiscales de l’année précédente et des réserves extérieures brutes capables de réaliser une couverture à l’importation pour un minimum de trois mois.

Le régime de change: un véritable problème

Cela, alors que le respect de ces critères est la condition sine qua none pour la création d’une union monétaire viable surtout avec le choix du régime de change flexible qui a été retenu par les dirigeants. En effet, dans un régime de change fixe, le cours de la devise est fixé par rapport à une monnaie ou un panier de monnaies par la banque centrale qui émet cette devise. Toute chose qui permet de définir un taux de change de référence pour apprécier les marges de fluctuations. Dans un régime de change flexible par contre aucune limite n’est fixée et le taux de change évolue librement, en fonction de l’offre et de la demande sur le marché des changes. La monnaie devient donc objet de spéculations qui peuvent produire des effets bénéfiques en ce qui concerne la liquidité du marché mais elles peuvent également provoquer les hausses ou des baisses de la valeur de la monnaie créant ainsi un risque de change sur les recettes et les dépenses des pays et même provoquer de graves crises économiques. Les pays de la zone CFA arrimé qui ont une parité fixe avec l’Euro devront donc faire des ajustements de leurs économies pour s’adapter à la nouvelle réalité qui dans l’absolu ne les avantagent en rien.

Moritié Camara

Maître de Conférences d’Histoire des Relations Internationales

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