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À ATHENES, UNE PREMIERE MOSQUEE SOUS SURVEILLANCE

Les Musulmans qui vivent en Grèce prient à l’intérieur de la première mosquée financée par l’État à Athènes le vendredi 6 novembre 2020.

Elle ne se voit pas, ne laisse échapper aucun bruit, mais on sait qu’elle est là, quelque part dans le quartier populaire de Botaniko dans la proche banlieue d’Athènes. Soudain, à deux pas de l’église Saint-Christophe, la mosquée se devine derrière la guérite d’un policier qui vérifie les identités : « Vous êtes croyant ou journaliste ? », s’enquiert-il, dans une formule incongrue.

Dans les deux cas, un relevé d’identité s’impose. Nous voilà devant la première mosquée d’Athènes jamais construite depuis l’indépendance du pays en 1821. Un bâtiment blanc impersonnel de 1 000 m2, pouvant accueillir 370 personnes, sans minaret mais avec un espace réservé aux femmes, et une fontaine en marbre au milieu d’une cour pavée qui donne sur des petits jardins en puissance.

Un sentiment d’hostilité

Promise sans succès depuis les Jeux olympiques de 2004, cette mosquée a dû affronter la farouche opposition de l’Église orthodoxe grecque, toujours liée à l’État, puis celle d’une bonne partie de la population pour qui l’islam renvoie à la Turquie musulmane qui a occupé le pays durant quatre siècles. Ce fort sentiment d’hostilité a été relayé dans les écoles et instrumentalisé par l’extrême droite qui est allée jusqu’à occuper le chantier de la mosquée pour en empêcher la construction.

Mais c’était sans compter sur la tout aussi farouche détermination de Naïm El Gadour, un Égyptien naturalisé grec de très longue date et son épouse Anna Stamou, une Grecque convertie qui porte haut son foulard toujours assorti à ses vêtements. Tous les deux ont fondé l’Union musulmane de Grèce, interlocutrice, avec d’autres, du gouvernement grec pour tout problème lié à la communauté et à la future mosquée.

« Nous avons porté l’affaire devant toutes les instances internationales et même devant la Commission européenne, explique Anna Stamou. Athènes ne pouvait pas rester la seule capitale européenne sans mosquée avec une multitude de lieux de prière dans des garages ou des sous-sols indignes et insalubres. »

« Les employés de la mosquée ne sont pas musulmans »

Mais pour ce couple emblématique qui a œuvré d’arrache-pied pour la construction de la mosquée d’Athènes, celle-ci a autant résolu de problèmes qu’elle n’en a posé. « Le Conseil d’administration de la mosquée est composé de quatre représentants de l’État et de deux représentants des communautés musulmanes. Toute décision doit être prise avec l’aval d’un des fonctionnaires grecs. C’est joué d’avance ! Les employés de la mosquée ne sont pas musulmans. Ils ne peuvent donner aucun conseil aux croyants. Il n’y a pas de livres, pas de bibliothèque et les tapis sont de piètre qualité », s’insurge Anna, responsable par ailleurs des relations publiques de l’association. Elle déplore aussi que l’imam de la mosquée, « qui n’est pas théologien mais un mathématicien marocain naturalisé grec », n’ait pas été élu par la communauté mais choisi par l’État grec.

Interrogé sur la question, l’imam Mohamed Sidi Zaki, responsable de la mosquée d’Athènes confirme qu’effectivement les mathématiques et les sciences sont ses formations premières et reconnaît volontiers ne pas être un théologien. Toutefois, il plaide aussitôt avoir « étudié la religion en Arabie saoudite et être diplômé en la matière ».

« Aucune ingérence étrangère »

Pour cet homme au ton posé, si la Grèce a effectivement tardé à construire sa mosquée, elle a quand même innové en la matière. « C’est le seul pays qui construit une mosquée sur ses fonds propres. Il n’y a aucune ingérence étrangère. »

La mosquée d’Athènes est une institution de droit public dépendant totalement de l’État grec. Et pour bien le manifester, à la différence des autres lieux de cultes du pays, il est inscrit en grosses lettres bleues sur la porte d’entrée de la mosquée en anglais et grec : « Démocratie grecque, ministère de l’éducation et des cultes, Mosquée d’Athènes. » Pour Naïm El Gadour, cette inscription « est une insulte, elle fait de nous des citoyens de seconde catégorie ».

Reste que le prochain objectif des musulmans de Grèce est d’obtenir un cimetière musulman et une mosquée ouverte toute la journée et pas seulement aux heures de prières. Pour cause de Covid, la mosquée d’Athènes n’a pas encore été inaugurée officiellement mais une cérémonie est prévue dès la fin de la pandémie.

Thomas Jacobi, à Athènes (Grèce), Lacroix

 

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