lundi, novembre 18, 2019
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BURKINA FASO : AU MOINS 38 PERSONNES TUÉES DANS UNE ATTAQUE « PLANIFIÉE » CONTRE UN CONVOI MINIER

L’assaut contre des employés de la mine d’or Semafo est le plus meurtrier depuis le début des violences djihadistes dans le pays, il y a près de cinq ans

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Une embuscade contre un convoi d’une compagnie minière a fait au moins 38 morts, civils, et plus de soixante blessés, mercredi 6 novembre, dans la région de l’est du Burkina Faso, selon un bilan encore provisoire, fourni par les autorités. Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière enregistrée dans le pays depuis le début des violences djihadistes, il y a près de cinq ans.

Le président burkinabé Roch Marc Christian Kaboré s’est exprimé, ce jeudi après-midi, pour présenter ses condoléances aux familles des victimes et décréter un « deuil national de 72 heures », à compter du 8 novembre. Le chef de l’Etat a qualifié l’attaque « d’actes ignobles » qui « visent à semer la psychose au sein de notre Peuple et à déstabiliser notre démocratie ». « Il nous faut rester dignes et courageux. C’est pourquoi, j’engage les Forces de Défense et de Sécurité à traquer et combattre, sans concession, les terroristes et tous leurs complices et appelle notre Peuple à la mobilisation générale contre le terrorisme », a-t-il déclaré dans un message à la nation diffusé à la télévision nationale.

Dans la matinée de ce 6 novembre, « des individus armés non identifiés ont tendu une embuscade à un convoi transportant des travailleurs de la mine d’or Semafo sur l’axe Ougarou-Boungou », a indiqué le gouverneur de la région de l’Est. « Le convoi, accompagné d’une escorte militaire, comptait cinq autobus transportant des employés burkinabés, des entrepreneurs et des fournisseurs », a détaillé la société canadienne Semafo, qui exploite la mine d’or de Boungou, située à quarante kilomètres du lieu de l’attaque. Le site et ses activités « n’ont pas été affectés », précise la compagnie aurifère, sise à Montréal.

« C’était un massacre »

Selon nos informations, il s’agirait d’une attaque dite « complexe ». Le convoi était escorté de plusieurs véhicules d’une société privée et d’un détachement militaire. Le véhicule de tête a sauté sur un engin explosif placé sur la voie, les cars transportant les employés de la société ont ensuite été pris d’assaut par un groupe armé. « Deux bus ont été bloqués, les assaillants ont mitraillé les passagers, certains ont essayé de fuir mais ont été poursuivis, c’était la débandade », rapporte une source proche du gouverneur de la région de l’Est. « Les assaillants étaient nombreux et sans doute informés du passage du convoi, ils ont tiré en rafale sur les passagers, c’était un massacre, certains ont réussi à fuir en se réfugiant dans une forêt voisine », rapporte une autre source sécuritaire.

Sur place, certains sont incrédules. « On a été très surpris par l’attaque, la situation s’était calmée ces derniers mois depuis l’opération militaire en mars [« Otapuanu », opération menée par l’armée burkinabée], les gens ont peur de se déplacer maintenant, mais on n’a pas le choix, on ne fait qu’encaisser », témoignage un habitant de Fada N’Gourma, la capitale de la région de l’Est, où un couvre-feu avait d’ailleurs été prolongé le 5 novembre. « On est amer, on voit nos frères tomber dans les villages chaque jour, on se sent abandonnés par les autorités, elles n’arrivent pas à assurer notre sécurité, certains vont commencer à s’organiser pour se défendre, c’est clair », poursuit ce fonctionnaire joint par téléphone.

Une opération de « secours » et « un ratissage de la zone » ont été lancés par les forces de défense et de sécurité, a assuré le gouvernement burkinabé dans la soirée. Deux attaques meurtrières avaient déjà visé des convois de personnels de la mine de Boungou et leurs escortes en août et en décembre 2018. Au total, onze personnes avaient déjà été tuées.

Cette année, l’Etat burkinabé avait demandé aux compagnies minières de prendre « des dispositions spéciales pour le déplacement de leurs employés », selon l’Agence France-Presse, face à l’aggravation de la situation sécuritaire dans le pays, qui compte plus d’une dizaine de sites industriels miniers. Dans un nouveau communiqué, publié ce jeudi, la société Semafo a annoncé qu’elle suspendait ses opérations du site minier de Boungou « par respect pour les victimes » et « pour assurer un haut niveau de sécurité opérationnelle ».

Spirale de violence

Pour l’heure, l’attaque n’a pas été revendiquée, mais les assauts des groupes djihadistes de la sous-région – Al-Qaida et l’organisation Etat islamique notamment –, ne cessent de se multiplier et ont déjà fait près de 700 morts dans le pays depuis 2015. Près d’un demi-million de personnes ont dû fuir leurs foyers à cause des violences, selon les estimations du Bureau de la coordination des affaires humanitaires.

La capitale, Ouagadougou, elle, a déjà été frappée à trois reprises par des attentats d’envergure. Trente personnes, majoritairement des Occidentaux, avaient été tuées lors d’un raid djihadiste contre un hôtel et un restaurant du centre-ville le 15 janvier 2016. Plus récemment, le 19 août, l’armée burkinabée a subi son attaque la plus meurtrière, avec au moins vingt-quatre morts dans un assaut contre une base militaire à Koutougou, dans le nord du pays.

Sous-équipées, mal formées et désorganisées, les forces de défense et de sécurité locales semblent incapables d’enrayer le cycle des violences sur leur territoire. A la demande des autorités, les membres de l’opération française « Barkhane » ont dû intervenir à deux reprises en septembre pour épauler l’armée burkinabée. « Le combat continue, il doit continuer, car c’est un combat de longue haleine que nous devons mener ensemble contre le terrorisme », a déclaré lundi la ministre française des armées, Florence Parly, en déplacement à Ouagadougou, avant d’annoncer le lancement d’une opération conjointe, conduite par la force « Barkhane » avec celles du G5 Sahel, comprenant notamment deux compagnies burkinabés, dans la zone des trois frontières, entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso.

Par Sophie Douce  Publié aujourd’hui à 06h24, mis à jour à 20h19

 

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