mercredi, décembre 6, 2023
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COMPRENDRE LA SITUATION AU MALI PREMIERE PARTIE : LE PROBLEME DE L’AZAWAD

Ce texte qui fait l’objet de notre parution est  du  Professeur Titulaire d’Histoire des Relations Internationales, Moritié CAMARA

Dans sa réflexion, il tente de nous faire comprendre les causes et les enjeux de la situation au Mali au-delà des émotions qui animent les opinions qui s’intéressent à cette situation Dans cette première partie, il  met en évidence le problème Touarègue.

Pour ramener le texte au  niveau de tout notre lectorat, nous avons fait fi de son introduction exprimée avec un langage universitaire

AU COMMENCEMENT ETAIT LE PROBLEME DE L’AZAWAD

L’élément primordial qu’il faut avoir en tête, est que les problèmes auxquels le Mali est confronté sont avant tout structurels et cela à tous les niveaux et non conjoncturels.

Sans aller dans les tréfonds de l’Histoire, on peut remonter à la colonisation pour débuter la relation d’une partie de l’équation à laquelle le Mali doit faire face actuellement à savoir la question des revendications des Touaregs de la région nord du pays connu sous le nom de l’Azawad. Cette région est conquise par la France à l’extrême fin du 19ème siècle et incorporée au Soudan français (ancenienne appellation du Mali).

Cependant dès 1957, les notables Maures et Touaregs qui sont arabophones et de peau claire avertissent l’administration coloniale qu’ils ne souhaitaient pas faire partir du processus de décolonisation au sein du Soudan Français car n’ayant aucun attribut commun avec les populations subsahariennes et demandent expressément leur intégration au Sahara Algérien. Cette demande est réitérée par courrier en 1958 au Général De Gaulle qui choisit de l’ignorer.

La première rébellion de l’Azawad intervient en 1963 et est durement réprimée par l’aviation malienne. Il faudra attendre 1990 pour que cette partie du pays se signale encore avec la création du Mouvement Populaire de Libération de l’Azawad.

Deux accords de paix seront signés entre les autorités de Bamako et les rebelles notamment en 1991 et 2006 à Alger. Le dernier accord, celui d’Alger signé en deux temps, d’abord le 15 mai 2015 par le Gouvernement Malien, l’Algérie, la Mauritanie, le Burkina Faso, le Niger, le Nigeria, le Tchad, la France, la CEDEAO, l’ONU, l’UE, l’UA et l’OCI et ensuite le 20 juin 2015 par la Coordination des Mouvements de l’Azawad soumise à de fortes pressions politiques, diplomatiques et militaires, à plus consisté à mettre du sparadrap sur la plaie que d’essayer de la soigner et la guérir.

LA QUESTION TOUAREG

En effet, cet accord ne satisfait ni le gouvernement malien qui murmure que cela constitue une partition du fait du pays, ni les différents groupes de l’Azawad dont il ne prend pas en compte les principales revendications. Il faut souligner que la question Touaregs ne concerne pas que la Mali mais également le Niger. C’est un peu comme la question des Kurdes dispersés entre plusieurs pays du Moyen-Orient et en Turquie.

La question du nord devient un véritable casse-tête pour les autorités de Bamako lorsqu’en plus des indépendantistes de l’Azawad, elles ont vu s’y installer les combattants islamistes reliquats de la guerre civile de 10 ans qui a ébranlée l’Algérie entre 1991 et 2002. Comme des compagnons de cellule, ces derniers vont s’entendre et s’entraider avec les indépendantistes et d’autre hors- la-loi pour chasser l’Etat malien de toute la zone septentrionale du pays où ils règnent désormais en maitres absolus et commettent prises d’otages contre rançons et toutes sorte de trafiques juteux notamment de drogue, de cigarettes, des armes et d’êtres humains.

Dans les rues de Kidal avec une patrouille du MNLA.

C’est cette coalition hétéroclite désignée insidieusement de « djihadsites » renforcée par des combattants ayant fait le coup de feu en Lybie pour le compte de Kadhafi, qui lance le 17 janvier 2012 une fulgurante offensive contre les forces armées du Mali et manque de peu de prendre la capitale Bamako en quelques semaines.

C’est donc pour aider l’Etat malien à reconquérir les zones perdues que la France dit avoir répondu à l’appel de ce dernier en 2013 à travers l’opération Serval aujourd’hui Barkhane.

A l’époque déjà, les commentateurs avaient pointé du doigt le Président Amadou Toumani Touré l’accusant d’avoir laissé sciemment pourrir la situation pour s’en servir politiquement, les insurgés faisant office d’ennemis utiles.

Moritié CAMARA Professeur Titulaire d’Histoire des Relations Internationales

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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