dimanche, octobre 24, 2021
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ESSY AMARA : « BOUTEFLIKA S’EST LAISSE EMPORTER PAR L’ « ORGASME DU POUVOIR »

Chassé du pouvoir en 2019 après vingt ans à la tête de son pays, l’ancien Président de la République d’Algérie s’est éteint vendredi 17 septembre à l’âge de 84 ans, dans sa résidence médicalisée à Zeralda à l’ouest d’Alger.il a été inhumé le dimanche 19 septembre dernier au carré des martyrs du cimetière d’El Alia à Alger, réservé aux héros de la guerre d’indépendance, mais il a eu droit à moins d’honneurs que ses prédécesseurs.

L’ancien homme fort d’Algérie a eu pour ami Essy Amara  homme politique et diplomate ivoirien. Proche de Félix Houphouët-Boigny, il a été ministre des Affaires étrangères de la Côte d’Ivoire entre 1990 et 2000, et à ce titre, il a été  président de la 49e session de l’Assemblée générale des Nations unies entre septembre 1994 et septembre 1995.

Secrétaire général de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) en 20011, il devient président intérimaire de la Commission de l’Union africaine, lors de la création de celle-ci en juillet 2002.

Essy Amara a commencé sa carrière diplomatique en 1971, à l’âge de 27 ans au Brésil, comme premier conseiller de l’Ambassade de Côte d’Ivoire. Et deux ans plus tard à New York, à la mission permanente de la Côte d’Ivoire auprès des Nations unies. Félix Houphouët-Boigny l’envoie ensuite en Suisse comme ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire.

(Source wikipedia)

C’est ce diplomate chevronné doublé d’un grand musulman qui nous a reçu à son domicile, le 23 septembre de 18h à 20 heures où nous avons eu un entretien à bâton-rompu relatif au décès de son ami Abdel Aziz Bouteflika. Notre entretien a également porté, sur l’éviction d’Alpha Condé du pouvoir en Guinée-Conakry ;  sur le rôle de la CEDEAO ; de l’Union Africaine (UA) de même que sur les relations internationales notamment sur l’Affaire des sous-marins français qui envenime les relations de ce pays avec les Etats-Unis.

Dans cette première partie, nous allons nous focaliser sur l’éviction de l’ex président algérien et de sa mort.

Excellence, vous venez de perdre un ami  pour ne pas dire un frère avec qui vous avez cheminé et réalisé une carrière diplomatique bien réussie.

Par conséquent, quels sont les sentiments qui vous animent ?

Evidemment, c’est la tristesse devant la perte d’un ami, d’un frère. Mais en tant que Musulman, je dis que c’est la volonté de Dieu qui donne la vie quand il veut, qui la reprend quand il veut. En tant que tel, nous devons nous soumettre à sa volonté et dire la formule consacrée c’est à  dire : «  certes nous sommes à Dieu et c’est à Dieu  que nous retournerons »

A quand remonte votre amitié ?

Nous nous sommes connus à l’Onu .Il était le plus jeune ministre des Affaires étrangère à l’époque. Je l’ai rencontré en fréquentant les représentants Algériens à l’ONU

En effet, en 1973, je n’étais pas encore ambassadeur. J’étais conseiller à la Mission de la Côte d’Ivoire à l’ONU. Je venais de l’Ambassade de Côte d’ivoire au Brésil  A mon arrivée à New-York, J’ai eu beaucoup d’admiration pour les Algériens. Vous savez, on dit que dans le village on connait les meilleurs danseurs.

Les Algériens étaient de grands bosseurs Ils étaient ceux qui débattaient le plus lors des différentes rencontres aux Nations Unies. J’ai décidé de les fréquenter afin d’apprendre. A force de les côtoyer, j’ai assimilé leurs méthodes. Et définitive, j’étais souvent le rapporteur du groupe des Africains à l’ONU. Je me suis fait beaucoup d’amis parmi eux .C’est ainsi que j’ai connu Adjali, de même que Ramtane Lamamra, l’actuel  ministre des Affaires étrangères de son pays.

De manière concrète, Bouteflika devait arriver à New York à l’occasion d’une Assemblée Générale .J’ai été accompagner mes amis algériens à l’Aéroport  afin de l’accueillir .Et c’est ainsi qu’a débuté notre amitié.

Excellence, quand on voit l’enterrement de cet homme de manière minimale, on  peut dire qu’il n’a Pas droit aux honneurs qu’il méritait de la part des Algériens

Pour répondre à votre question, je dirai que dans le coran, il est mentionné à  plusieurs reprises qu’il faut adresser des prières à Dieu afin qu’il nous réserve une bonne fin.

Maintenant, il faut lier ce que vous appelez l’indifférence des Algériens aux circonstances de son départ du  pouvoir lié au cinquième mandat qu’il voulait briguer.

Pour moi, le fait de vouloir briguer ce cinquième mandat, relève quand même  du mystère par ce que, Bouteflika était quelqu’un de très structuré, courageux ; un vrai nationaliste qui avait l’Algérie chevillée au corps. Il a participé vaillamment la guerre de libération de  l’Algérie. Ce n’était pas n’importe qui dans le combat. C’était quelqu’un qui n’avait pas peur Il a même  dirigé une wilaya (Ndlr : une région militaire lors de la Guerre d’Algérie) et a également au Comité central du Front de Libération National (FLN).En plus, il avait le sens de l’Etat.

Malgré tout, il n’a pas pu résister à  l’attrait du pouvoir

Effectivement, et c’est à ce niveau que je vais employer un terme utilisé par un sociologue en science politique. Il s’agit de L’ORGASME DU POUVOIR

Excellence, ce vocable nous ramène sur le terrain sexuel

Ndlr (Orgasme désigne le point culminant du plaisir sexuel, le plus haut point de l’excitation génésique. C’est la jouissance sexuelle.)

Dans les faits, ce Sociologue a établi un lien entre le pouvoir et ce phénomène lié à la sexualité. Pour ce dernier, le pouvoir exerce les mêmes attraits que la sexualité et nous emprisonne lorsque nous y prenons goût.

Vous savez, c’est Dieu qui donne le pouvoir .Mais, quand on accède au pouvoir, tout le monde viendra vous dire que c’est vous le plus beau et le plus fort. Dans ce même registre, le pouvoir est tel que quand on y accède, on veut tout contrôler. On veut être l’épicentre de toutes les décisions. C’est dans ce sens que dans certains cas, même tous les téléphonistes du Palais sont les parents de celui qui dirige afin qu’il soit au courant de tout  C’est une chose qui fonctionne pour un temps mais en fin de compte, c’est toujours nuisible. C’est ce qui tue tous les régimes et qui a poussé le sociologue à parler de L’ORGASME DU POUVOIR qui tue les régimes.

A ce niveau, je voudrais citer feu le Président Félix Houphouet Boigny qui disait que tout chef d’Etat avait trois juges: Dieu, sa conscience et son  peuple.

En mon sens, c’est la conscience qui doit prévaloir. Dans le  cas spécifique de mon ami, l’entourage prenait pour prétexte la présence des islamistes pour qu’il s’accroche au pouvoir. Cet entourage brandissait même le spectre du  Front Islamique du Salut (FIS) qui selon eux,  existait encore.

Dans son cas, il aurait pu dire non au cinquième mandat surtout qu’il était beaucoup affecté au niveau de la santé  A cet effet, dernière fois où je l’ai vu, il y a trois ans, il m’a fait pitié.

Comme je le disais précédemment, moi je l’ai connu. C’est quelqu’un qui  marchait très vite. Et il aimait beaucoup marcher pour discuter. Par conséquent, quand on était avec lui dans le jardin, il fallait courir. Je vois encore ses ambassadeurs qui étaient grands .Ces derniers se courbaient en trois morceaux pour l’écouter. Il marchait vite et tous ces gens étaient à ses trousses .Le voir dans une chaise tel que l’ai vu m’a forcément amené à  faire une translation de pensée  et voir ce monsieur tel que je le voyais depuis les années 1970

En définitive, c’est un  mystère pour moi, qu’il n’ait  pas pu prendre la bonne décision.

kemebrama@hotmail.com

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