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LE PAPE FRANÇOIS : « CETTE RENCONTRE AVEC ALI AL SISTANI M’A FAIT DU BIEN A L’AME »

De retour d’Irak, où il avait choisi de se rendre, après une décision «qui venait de lintérieur», le pape a abordé, dans lavion, lundi 8 mars, les temps forts d’un voyage désormais historique. En particulier sa rencontre avec l’ayatollah Ali Al Sistani, dont il a loué la grandeur et la sagesse.

 « Un grand, un sage, un homme de Dieu. » En répondant aux questions des journalistes embarqués à bord du vol papal de retour de son voyage historique en Irak, lundi 8 mars, le pape François est longuement revenu sur sa rencontre, samedi 6 mars au matin à Nadjaf, avec l’ayatollah Ali Al Sistani, l’une des hautes figures du chiisme. « Il a été si respectueux pendant notre rencontre que je me suis senti honoré », a-t-il dit, louant « une personne sage et prudente » Avant de lancer, comme un cri du cœur : « Cela m’a fait du bien à l’âme, cette rencontre. »

François dit en effet l’avoir ressentie comme un exemple de fraternité, même s’il paraît conscient des critiques qu’elle pourra susciter. « De tels sages sont partout parce que la sagesse de Dieu a été semée dans le monde entier », a-il insisté, confirmant même qu’après ce « premier pas » de la rencontre avec l’ayatollah, « il y en aura d’autres ». Sans préciser toutefois si les deux hommes pourraient un jour signer un texte semblable, sur la fraternité, à celui signé par le pape et le grand imam d’Al-Azhar en 2019. « Le document d’Abu Dhabi a été préparé avec l’imam en secret pendant 6 mois », a-t-il simplement ajouté, laissant entendre que la mise au point d’une éventuelle déclaration commune nécessitait du temps.

Un voyage pour « revivre » après des « mois de prison »

Évoquant la décision de partir en Irak, le pape a indiqué qu’elle avait été prise « en conscience », malgré les risques liés à la pandémie. « J’y ai tant pensé, j’ai tant prié à propos de cela. Et à la fin, j’ai pris la décision, librement, mais qui venait de l’intérieur. » De ce voyage tant attendu, le pape a estimé, avec des mots forts, qu’il l’avait fait « revivre » après « ces mois de prison », telle qu’il a qualifiée a période durant laquelle il n’a pu sortir du Vatican en raison du coronavirus. « Un prêtre est fait pour servir, pour se mettre au service du peuple de Dieu, pas pour faire carrière ou pour l’argent. »

« Je me suis fatigué beaucoup plus qu’au cours des autres voyages »

Est-ce pour cela que le pape est apparu souriant devant les journalistes, comme si le rythme particulièrement intense des trois jours de voyage, la multiplication des déplacements – y compris à des heures très matinales – en avion, hélicoptère et voiture, s’étaient révélés bien secondaires ? Interrogé sur ses déplacements futurs, il n’a cependant pas caché sa fatigue : « Je ne sais pas si les voyages se ralentiront. Seulement, je vous confie que dans ce voyage, je me suis fatigué beaucoup plus qu’au cours des autres. Mes 84 années ne sont pas sans conséquences. Mais nous verrons. »

Le retour d’Irak, ce pays que beaucoup de chrétiens ont choisi de quitter, a donné également au pape l’occasion de s’attarder sur le sujet de la migration, « un droit humain », a-t-il rappelé. Dimanche, le pape avait en particulier visité Karakoch, principale ville à majorité chrétienne de la plaine de Ninive, au nord du pays, où seuls 40 % des habitants sont revenus depuis 2017, après avoir été libérés du joug de Daech.

Ne pas ressentir la migration comme une « invasion »

François, qui s’est entretenu dimanche à Erbil avec le père d’Alan Kurdi, le père de cet enfant syrien retrouvé mort sur une plage turque en 2015 et dont la photo avait fait le tour du monde, a déploré que la migration soit vue « comme une invasion ».

Répondant à une journaliste française, le pape a par ailleurs estimé que l’accueil des migrants pouvait être une nécessité pour certains pays. « Un sociologue italien me disait l’autre jour, en parlant de l’hiver démographique en Italie, que d’ici 40 ans nous devrons «importer» des étrangers pour qu’ils travaillent et paient des impôts pour nos retraites… Vous les Français, vous avez été plus rusés, vous avez depuis 10 ans une loi qui soutient les familles et votre taux de natalité est très important… »

« Il faut des mesures urgentes pour que les gens aient du travail dans leur pays et n’aient pas besoin de migrer… et aussi des mesures pour protéger le droit à immigrer », a-t-il ajouté. « Il est vrai que chaque pays doit bien étudier sa capacité à recevoir parce qu’il ne s’agit pas seulement de recevoir sur une plage. Il faut recevoir, accompagner, faire progresser et intégrer… L’intégration des migrants est la clé. »

Un voyage en Hongrie annoncé

Lors de la conférence de presse, le pape François a confirmé qu’il devrait se rendre en Hongrie en septembre pour y présider la messe de clôture du Congrès eucharistique mondial. Ce déplacement pourrait, selon lui, être l’occasion d’une étape en Slovaquie.

Hors d’Europe, le pape François a exprimé le désir de se rendre « quand il y aura une opportunité » en Uruguay et en Argentine. Il a également rappelé qu’il avait « promis » d’aller au Liban, mais ce pays est « en ce moment en crise de vie ».

Par ailleurs, parmi les invitations parvenues au pape qui n’ont pas encore reçu de réponse, figure celle de se rendre à Marseille à la Toussaint prochaine, à l’occasion d’un grand rassemblement de la famille ignatienne.

Loup Besmond de Senneville (à bord du vol papal), le 08/03/2021 à 15:02 Modifié le 08/03/2021 à 17:31

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