jeudi, septembre 29, 2022
Accueil > Actualités > PEDOCRIMINALITE : A LOURDES, LES EVEQUES A GENOUX SE REPENTENT.

PEDOCRIMINALITE : A LOURDES, LES EVEQUES A GENOUX SE REPENTENT.

Réunis à Lourdes pour une Assemblée plénière largement consacrée à la réception du rapport Sauvé sur les abus sexuels dans l’Église, les 120 évêques français ont participé à un temps mémoriel et pénitentiel samedi 6 novembre, aux côtés de victimes et de laïcs invités pour l’occasion.

Un long temps de silence. Puis le glas se met à retentir dans le sanctuaire ensoleillé. Et tandis que deux victimes de prêtres pédophiles lisent le psaume 21, celui-là repris pour la Passion du Christ, « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », des dizaines d’évêques se mettent soudain, spontanément, à genoux, implorant : « Seigneur, prends pitié ».

Ce temps pénitentiel, samedi 6 novembre au matin à Lourdes, est sans doute l’un des moments les plus forts de cette Assemblée plénière inédite, au cours de laquelle les évêques de France ont reconnu leur responsabilité institutionnelle et le caractère systémique des abus sexuels commis pendant des décennies dans l’Église. « O Dieu, pardonne-nous de n’avoir pas compris que le pouvoir que tu nous donnes demande une exemplarité sans faille. Pardonne-nous d’avoir pris ta miséricorde pour une tolérance devant le mal », a lu Mgr Eric de Moulins-Beaufort, président de la conférence épiscopale, agenouillé sur les marches de la Basilique du Rosaire, au pied d’une grande croix rouge dressée pour l’occasion.

« Le temps du pardon n’est pas encore venu »

Contrairement à ce qui s’était passé lors de la cérémonie pénitentielle qu’ils avaient organisée en novembre 2016 à Lourdes, les évêques n’ont pas demandé pardon aux victimes, cette fois-ci. « Le temps du pardon n’est pas encore venu tant que la réparation n’est pas engagée, c’est un processus dont cette journée est la première étape », explique Brigitte Navail, l’une des quelques victimes avec lesquelles ils ont préparé ce moment pénitentiel. Ces mêmes victimes leur avaient demandé aussi de ne pas porter d’habit liturgique, car « pour certaines, c’est encore difficile. Nous avions envie de silence, de recueillement, de pleurer », ajoute Brigitte Navail, manifestement émue.

Guy, 73 ans, avait pour sa part demandé à l’évêque et à l’auxiliaire du diocèse où il fut abusé enfant par un prêtre, de se tenir à ses côtés durant ce temps pénitentiel. « C’est comme si, par ce geste, ils étaient témoins de ce qui m’est arrivé, près de moi », confie-t-il, bouleversé.

Emblématique d’autres victimes, absentes, un septuagénaire circulait parmi les participants au temps pénitentiel, brandissant une feuille sur laquelle était écrite « victime d’un prêtre pédophile ».

D’abord la reconnaissance institutionnelle

« Cette célébration a pu se vivre car les évêques avaient d’abord reconnu publiquement leur responsabilité institutionnelle », souligne l’une des laïques invitées à Lourdes, en référence au vote effectué la veille dans l’hémicycle.

De l’autre côté du Gave, Mgr de Moulins-Beaufort avait su trouver des mots justes, poignants, quelques minutes plus tôt, lors de la première partie de ce rassemblement consacrée à faire mémoire des victimes de pédophilie dans l’Église. « Petit garçon qui t’en étais allé servir la messe, plein de fierté, petite fille qui allais te confesser le cœur plein d’espérance du pardon, jeune garçon, jeune fille, allant tout enthousiaste à l’aumônerie ou au camp scout. Qui donc a osé souiller votre corps de ses grosses mains ? Qui a susurré à votre oreille des mots que vous ignoriez ? Qui vous a imposé cette odeur qui vous imprègne ? Qui a fait de vous sa chose, tout en prétendant être votre meilleur ami ? Qui vous a entraîné dans son secret honteux ? »

En attendant que soit édifié un mémorial à l’intention des victimes, avait été révélée une photographie prise par une victime de prêtre pédophile et installée près de l’hémicycle. Au premier plan, le visage d’un enfant en pleurs se détache de la pierre. Derrière, dans la pénombre du pilier au haut duquel a été sculpté ce visage, une gargouille au visage grimaçant, et un peu plus loin, un lion impassible. L’auteur de cette photographie (1) avait perçu, dans les sculptures de l’église Sainte-Croix, à Saint Gilles Croix de Vie, « la souffrance de la violence subie » par l’enfant qu’il était, l’image de son agresseur et celle de « l’Église institutionnelle, restée à distance ».

« Que cet intense visage de l’enfance humiliée me poursuive, a commenté soeur Véronique Margron, présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref), nous hante même, chacun de nous, qui portons une responsabilité, d’une façon ou d’une autre, jusqu’à ce que nous ayons fait se rencontrer la justice et la vérité ».

Céline Hoyeau (envoyée spéciale à Lourdes), in Lacroix

Laisser un commentaire