mercredi, décembre 8, 2021
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PEDOCRIMINALITE : A LOURDES, LES EVEQUES A GENOUX SE REPENTENT.

RĂ©unis Ă  Lourdes pour une AssemblĂ©e plĂ©niĂšre largement consacrĂ©e Ă  la rĂ©ception du rapport SauvĂ© sur les abus sexuels dans l’Église, les 120 Ă©vĂȘques français ont participĂ© Ă  un temps mĂ©moriel et pĂ©nitentiel samedi 6 novembre, aux cĂŽtĂ©s de victimes et de laĂŻcs invitĂ©s pour l’occasion.

Un long temps de silence. Puis le glas se met Ă  retentir dans le sanctuaire ensoleillĂ©. Et tandis que deux victimes de prĂȘtres pĂ©dophiles lisent le psaume 21, celui-lĂ  repris pour la Passion du Christ, « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonnĂ© ? », des dizaines d’évĂȘques se mettent soudain, spontanĂ©ment, Ă  genoux, implorant : « Seigneur, prends pitiĂ© ».

Ce temps pĂ©nitentiel, samedi 6 novembre au matin Ă  Lourdes, est sans doute l’un des moments les plus forts de cette AssemblĂ©e plĂ©niĂšre inĂ©dite, au cours de laquelle les Ă©vĂȘques de France ont reconnu leur responsabilitĂ© institutionnelle et le caractĂšre systĂ©mique des abus sexuels commis pendant des dĂ©cennies dans l’Église. « O Dieu, pardonne-nous de n’avoir pas compris que le pouvoir que tu nous donnes demande une exemplaritĂ© sans faille. Pardonne-nous d’avoir pris ta misĂ©ricorde pour une tolĂ©rance devant le mal », a lu Mgr Eric de Moulins-Beaufort, prĂ©sident de la confĂ©rence Ă©piscopale, agenouillĂ© sur les marches de la Basilique du Rosaire, au pied d’une grande croix rouge dressĂ©e pour l’occasion.

« Le temps du pardon n’est pas encore venu »

Contrairement Ă  ce qui s’était passĂ© lors de la cĂ©rĂ©monie pĂ©nitentielle qu’ils avaient organisĂ©e en novembre 2016 Ă  Lourdes, les Ă©vĂȘques n’ont pas demandĂ© pardon aux victimes, cette fois-ci. « Le temps du pardon n’est pas encore venu tant que la rĂ©paration n’est pas engagĂ©e, c’est un processus dont cette journĂ©e est la premiĂšre Ă©tape », explique Brigitte Navail, l’une des quelques victimes avec lesquelles ils ont prĂ©parĂ© ce moment pĂ©nitentiel. Ces mĂȘmes victimes leur avaient demandĂ© aussi de ne pas porter d’habit liturgique, car « pour certaines, c’est encore difficile. Nous avions envie de silence, de recueillement, de pleurer », ajoute Brigitte Navail, manifestement Ă©mue.

Guy, 73 ans, avait pour sa part demandĂ© Ă  l’évĂȘque et Ă  l’auxiliaire du diocĂšse oĂč il fut abusĂ© enfant par un prĂȘtre, de se tenir Ă  ses cĂŽtĂ©s durant ce temps pĂ©nitentiel. « C’est comme si, par ce geste, ils Ă©taient tĂ©moins de ce qui m’est arrivĂ©, prĂšs de moi », confie-t-il, bouleversĂ©.

EmblĂ©matique d’autres victimes, absentes, un septuagĂ©naire circulait parmi les participants au temps pĂ©nitentiel, brandissant une feuille sur laquelle Ă©tait Ă©crite « victime d’un prĂȘtre pĂ©dophile ».

D’abord la reconnaissance institutionnelle

« Cette cĂ©lĂ©bration a pu se vivre car les Ă©vĂȘques avaient d’abord reconnu publiquement leur responsabilitĂ© institutionnelle », souligne l’une des laĂŻques invitĂ©es Ă  Lourdes, en rĂ©fĂ©rence au vote effectuĂ© la veille dans l’hĂ©micycle.

De l’autre cĂŽtĂ© du Gave, Mgr de Moulins-Beaufort avait su trouver des mots justes, poignants, quelques minutes plus tĂŽt, lors de la premiĂšre partie de ce rassemblement consacrĂ©e Ă  faire mĂ©moire des victimes de pĂ©dophilie dans l’Église. « Petit garçon qui t’en Ă©tais allĂ© servir la messe, plein de fiertĂ©, petite fille qui allais te confesser le cƓur plein d’espĂ©rance du pardon, jeune garçon, jeune fille, allant tout enthousiaste Ă  l’aumĂŽnerie ou au camp scout. Qui donc a osĂ© souiller votre corps de ses grosses mains ? Qui a susurrĂ© Ă  votre oreille des mots que vous ignoriez ? Qui vous a imposĂ© cette odeur qui vous imprĂšgne ? Qui a fait de vous sa chose, tout en prĂ©tendant ĂȘtre votre meilleur ami ? Qui vous a entraĂźnĂ© dans son secret honteux ? »

En attendant que soit Ă©difiĂ© un mĂ©morial Ă  l’intention des victimes, avait Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e une photographie prise par une victime de prĂȘtre pĂ©dophile et installĂ©e prĂšs de l’hĂ©micycle. Au premier plan, le visage d’un enfant en pleurs se dĂ©tache de la pierre. DerriĂšre, dans la pĂ©nombre du pilier au haut duquel a Ă©tĂ© sculptĂ© ce visage, une gargouille au visage grimaçant, et un peu plus loin, un lion impassible. L’auteur de cette photographie (1) avait perçu, dans les sculptures de l’église Sainte-Croix, Ă  Saint Gilles Croix de Vie, « la souffrance de la violence subie » par l’enfant qu’il Ă©tait, l’image de son agresseur et celle de « l’Église institutionnelle, restĂ©e Ă  distance ».

« Que cet intense visage de l’enfance humiliĂ©e me poursuive, a commentĂ© soeur VĂ©ronique Margron, prĂ©sidente de la ConfĂ©rence des religieux et religieuses de France (Corref), nous hante mĂȘme, chacun de nous, qui portons une responsabilitĂ©, d’une façon ou d’une autre, jusqu’à ce que nous ayons fait se rencontrer la justice et la vĂ©ritĂ© ».

Céline Hoyeau (envoyée spéciale à Lourdes), in Lacroix

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