samedi, décembre 15, 2018
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RAUL CASTRO: L’AME DAMNEE DE FIDEL CASTRO

PARTIE III

Dans les deux premières parties de notre dossier sur les frères Castro, nous avons mis accent sur Fidel Castro plus médiatique et le plus connu .De surcroît ce dernier qui a marqué le 20eme siècle de son empreinte

Dans cette  troisième partie, nous allons nous intéresser à Raul Castro qui a dernier a toujours évolué à l’ombre de son frère, et pourtant, il a été un pion essentiel dans le système castriste qui a gouverné Cuba depuis le 1er janvier 1959.jusqu’ la remise du pouvoir au nouveau président cubain

 Qui est-il ?

Quel est son passé ?

Quelle a été sa vision de la gouvernance de Cuba après le retrait de sn aîné Fidel Castro ?

Réponse à ces questions dans le document qui suit

Soupçonné d’être un enfant illégitime

Né le 3 juin 1931 à Biran dans le sud-est de Cuba, Raul est le plus jeune des trois frères Castro. À en croire la rumeur, il ne serait pas le fils d’Angel Castro, le patriarche du clan, mais celui d’un commandant du poste de garde de Biran, surnommé « le Chinois ».

Avec Fidel, il fait les 400 coups chez les jésuites du collège Dolores, à Santiago, et au collège de Belén, à La Havane. Étudiant en sciences sociales, c’est un élève moins brillant et tapageur que son aîné.

Alors que ce dernier papillonne d’un mouvement étudiant, Raul rejoint les Jeunesses socialistes, affiliées au Partido socialista popular (PSP), une formation communiste d’obédience soviétique. En février 1953, il quitte l’île pour un voyage « initiatique » derrière le « rideau de fer ». Il visite la Roumanie, la Hongrie, la Tchécoslovaquie.

Soutien totale à Fidel Castro

De retour à Cuba, il participe sous les ordres de son frère à l’attaque manquée contre la caserne de la Moncada, le 26 juillet, ce qui lui vaut un séjour de vingt-deux mois en prison. Toujours dans le sillage de Fidel, il s’exile à México, où il prépare la piteuse (glorieuse, selon le régime) équipée du Granma, en décembre 1956, qui marque le véritable début de la guérilla. Agent de liaison avec Moscou, il aurait, dit-on, de concert avec Ernesto Guevara dit « Le Che », fait découvrir le marxisme- léninisme à son aîné. Pendant trois ans, les deux frères, réfugiés dans la Sierra Maestra combattent côte à côte.

Un monstre froid

Comme d’ailleurs le Che, il se montre à l’occasion d’une brutalité inouïe.
Dans un entretien avec l’hebdomadaire français L’Express, Brian Latell, un ancien membre de la CIA qui fut le responsable de la question cubaine, raconte : « Le jour où, en 1956, Fidel lui demanda d’exécuter un homme, Raul le fit sans hésiter. […] La victime était un guérillero en herbe dont Fidel se méfiait. Raul voulait démontrer à Fidel qu’il avait la trempe d’un chef. Ce fut son premier crime de sang, le premier d’une longue série. »

Un dictateur sans état d’âme

février 1958, il ouvre un second front contre l’armée de Batista dans les montagnes de la Sierra de Cristal, au nord de la province de Oriente. Même avec ses propres hommes, il peut se montrer sans pitié en matière de discipline. Dans son œuvre Castro, l’infidèle, le journaliste français Serge Raffy raconte : « Dans la Sierra de Cristal, Raul impose une justice expéditive digne des procès staliniens. Il met sur pied une mini société qui ressemble de plus en plus aux kolkhozes soviétiques. Mais les médias ne s’intéressent qu’à Fidel ; Raul, lui, n’est pas une bête de télévision : il garde ses effets de manche pour les “tribunaux révolutionnaires” dont il est le metteur en scène et l’acteur central, celui qui élimine impitoyablement les récalcitrants et, peu à peu, ceux qui pourraient le devenir. » Et il ajoute : « Raul dirige un laboratoire du communisme de près d’un millier d’hommes, lève l’impôt révolutionnaire auprès des industriels de la canne à sucre, à l’instar d’un fermier général, et redistribue les terres de manière arbitraire. »

L’exécuteur des sales bésognes

En janvier 1959, quand les Barbudos entrent triomphalement dans La Havane, il se charge de la sale besogne et fait exécuter les prisonniers fidèles à Batista, d’abord de façon sommaire, puis après des parodies de procès, suscitant l’indignation d’une partie de la communauté internationale. La même année, il épouse Vilma Espin Guillois, diplômée du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et combattante des premiers jours. Ensemble, ils auront trois filles, Deborah, Mariela et Nilsa.

Son épouse Vilma Espin, qui dénonça en 1992 les discriminations contre les homosexuels, est décédée le 18 juin 2007 à La Havane, à l’âge de 77 ans.

Stalinien dogmatique pur et dur

Toujours dans l’ombre de l’infatigable tribun qu’est Fidel Castro, Raul met les mains dans le cambouis – et dans le sang – pour huiler les rouages du « stalinisme tropical » qui se met en place à Cuba. C’est lui qui obtient de Khrouchtchev l’assistance militaire soviétique en 1960 et transforme les « rebelles » en une armée aux effectifs pléthoriques pour un pays de 11 millions d’habitants. Il crée aussi une police politique et, surtout, des services de renseignements d’une redoutable efficacité, qui étoufferont dans l’œuf foutes les tentatives de putsch contre le régime et toutes les tentatives d’assassinat contre Fidel.

C’est encore lui qui persécute les intellectuels et fait ouvrir des «Unités militaires d’aide à la production » où sont enfermés homosexuels, religieux et chômeurs

Pilier central du régime castriste

Il s’arroge un pouvoir immense sur l’économie en prenant le contrôle d’une bonne partie du secteur touristique. Surnommé El Casquito « le Petit Casque », il ne se montre guère en public. On le dit dogmatique et stalinien, mais aussi plus pragmatique que son frère. « C’est à lui que Fidel doit toute l’architecture du système, explique Latell. […] Si nous étions au cinéma, je dirais que Fidel, génie créatif et visionnaire, est le metteur en scène de la Révolution, tandis que l’austère Raül en est le producteur exécutif »

Plus pragmatique que Fidel

Aujourd’hui (2016) indiscutablement, l’image de Raül Castro est en train de changer. A 84 ans, se serait-il assagi ? On lui prête une capacité d’écoute et une réceptivité aux conseils bien supérieures à celles de son comandante de frère. Il serait par exemple le principal promoteur de l’assouplissement du régime après que l’URSS a cessé d’aider financièrement Cuba. Pour Tim Padgett et Dolly Mascarenas, du Time, « il se peut que Raul ait dans son ADN politique davantage de perestroïka que Fidel ». A preuve ? Début décembre 2006, il s’est permis une incursion – sur le mode pacifique, de surcroît – dans le domaine réservé de son frère, les relations avec les Etats-Unis : « Je répète que nous sommes disposés à résoudre autour d’une table de négociations le différend prolongé entre nos deux pays, sur des principes d’égalité, de réciprocité, de non-ingérence et de respect mutuel. »

 Interversion des rôles

Selon Latell, « les deux frères ont, ces dernières années, interverti leurs rôles. Au début, en 1959, Raül était le plus intransigeant, le plus impitoyable, le plus anti-américain. Aujourd’hui, c’est l’inverse ».  A l’assouplissement politique, Raul pourrait ajouter une bonne rasade de libéralisation économique. On le dit tenté par le modèle chinois où vietnamien, accommodé à la sauce cubaine. En clair : davantage d’entreprises privées et d’investissements étrangers, favorisés dans un régime qui demeurerait autoritaire. Pour mener à bien cette transition,

Faire du Fidel sans Fidel

Raul gouverne aujourd’hui (2016) de concert avec plusieurs proches de son frère. D’abord, l’économiste Carlos Lage Davila, secrétaire du Conseil des ministres et initiateur des réformes postsoviétiques, qui joue un rôle central dans l’approvisionnement de Cuba en pétrole vénézuélien. Ensuite, avec Felipé Pérez Roque, le très anti-américain ministre des Affaires étrangères : surnommé « Fax » pour sa dévotion sans faille à Fidel, il est la clé de voûte des relations sino-cubaines. Enfin, avec Ricardo Alarcon, président de l’Assemblée nationale et ancien ambassadeur aux Nations unies. Certains voient même entrer dans l’arène Fidelito, le propre fils de Fidel, autrefois responsable du programme nucléaire et désormais proche conseiller de son père.

 Il Passe la main

Âgé et amoindri, dit-on, par une consommation d’alcool immodérée, Raul pourrait donc s’ouvrir à la discussion. « Certains ont peur du mot divergence. Moi, je suis de ceux qui disent que plus on discute et plus on diverge, meilleures sont les décisions qui en sortent », déclarait-il récemment. S’il pense ce qu’il dit, alors Cuba pourrait vivre une autre révolution.

Après près de 60 ans de castrisme, le 19 avril 2018 âgé de 86 as, Raul Castro a cédé le pouvoir qu’il occupait depuis 2008 à Miguel Diaz-Canel, un pur produit du système cubain qui, à 57 ans, n’a pas connu la révolution.

Document réalisé par kemebrama@hotmail.com

Sources

1- Jeune Afrique numéro 24425 du 29 juillet au 04 août 2007

2- Castro, l’infidèle, de Serge Raffy, éd. Fayard (2003), 672 pages 2007 Livre de poche