dimanche, octobre 24, 2021
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REFORME DU TRAVAIL EN ARABIE SAOUDITE : « UN PAS DANS LA BONNE DIRECTION »

Une nouvelle réforme du droit du travail entre en vigueur, dimanche 14 mars, en Arabie saoudite. Elle doit notamment mettre fin en partie au système de « kafala », liant les travailleurs étrangers à leurs employeurs, souvent comparé à une forme d’esclavage moderne.

Cette réforme du droit du travail s’inscrit dans l’ambitieux plan de transformation national « Vision 2030 », impulsé par le prince héritier Mohammed ben Salmane, dit « MBS », destiné à faire sortir le pays de sa dépendance aux revenus pétroliers. Son objectif affiché est avant tout d’« augmenter la compétitivité du marché du travail saoudien ». Un critère selon lequel le pays était classé, en 2019, à la 89e place sur 140 par le Forum économique mondial.

L’application de la dite réforme devrait désormais offrir à ceux employés par le secteur privé, où ils représentent 80 % de la main-d’œuvre, la possibilité de changer d’emploi et d’obtenir des visas de sortie du pays sans l’accord de leurs employeurs. Sous des conditions qui restent toutefois floues. Tous ne seront d’ailleurs pas concernés par la réforme, qui laisse de côté ceux ne dépendant pas de la loi du travail, soit l’ensemble des 3,65 millions de travailleurs domestiques du pays, particulièrement exposés aux abus. C’est aussi le cas de 3,5 à 4,4 millions de migrants devenus illégaux pour avoir quitté leurs emplois sans l’accord de leurs employeurs, selon les estimations du gouvernement. La population étrangère en Arabie saoudite représente 38 % des habitants du pays soit 13 millions de personnes.

Annoncée par le Ministère des Ressources Humaines et du Développement social saoudien le 4 novembre 2020, cette  nouvelle réforme du travail doit entrer en vigueur dimanche 14 mars en Arabie saoudite, pays classé parmi les dix pires pour les travailleurs, selon l’indice de la confédération syndicale internationale (CSI) des droits dans le monde.

 Mettre fin au système de la «Kafala»

Elle devrait mettre fin, en partie, au système controversé de la « kafala ». Apparentée à une forme de parrainage, celle-ci est très répandue au Liban, en Jordanie et dans l’ensemble des pays du Golfe. En pratique, les travailleurs étrangers sont « sponsorisés » par un « kafil », littéralement « celui qui garantit » : une entreprise ou un citoyen local, à qui ils remettent leurs passeports et qui devient le responsable juridique de la personne.

Pendant toute la durée des contrats, les travailleurs ne peuvent ni démissionner, ni changer d’emploi, ni quitter le pays sans avoir obtenu au préalable une autorisation explicite de leur employeur, devenant de facto dépendant de ce dernier. Ils sont aussi vulnérables à de nombreuses formes d’abus : retard de paiement de salaire, travail forcé, sévices physiques, harcèlement… Face aux critiques, de nombreux pays, à l’instar du Qatar, ont déjà engagé des réformes visant à abolir la « kafala ».

Appel à la prudence

La réforme, aussi imparfaite soit-elle, est néanmoins saluée comme étant « un pas dans la bonne direction » par les associations. Ali Mohamed, chercheur au sein de l’association de défense des droits des travailleurs migrants au Moyen-Orient Migrant-Rights.org invite néanmoins à la prudence, « de telles réformes étant souvent peu appliquées. »

En finir avec la « kafala » est en effet « plus facile à dire qu’à faire », abonde May Romanos, chercheuse pour Amnesty International sur la région du Golfe et les droits des migrants. Elle évoque l’exemple du Qatar, où une loi entérinant la fin de la kafala a été votée en août 2020. « Il y a eu un réel mouvement de refus de la part des hommes d’affaires du pays et, en pratique, même si la loi existe, rien n’a changé. »

La prochaine génération sera meilleure

Sur place, Hussein (1), foulard aux motifs à damier rouge et blanc sur la tête, accueille la réforme avec optimisme. Trentenaire, employé d’une entreprise étrangère établie localement, cet habitué des réseaux sociaux déplore l’image de « vieux pays » qu’ont encore les Occidentaux de l’Arabie saoudite, qu’il affectionne. Il plaide pour du temps « laissé à ses concitoyens pour réaliser et accepter les très nombreux changements qui secouent son pays. Beaucoup sont encore réfractaires à l’élan de modernité impulsé depuis quelques années, mais la prochaine génération y sera sûrement prête. Elle sera meilleure. »

  • Le prénom a été changé
  • kemebrama@hotmail.com  à  partir de l’article de Adélaïde de Valence, le 14/03/2021

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