mercredi, décembre 8, 2021
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COTE D’IVOIRE: LE DIRECTEUR DE L’ECOLE DES MINES DE YAMOUSSOKRO CROIT A UNE EXPLOITATION PLUS ECOLOGIQUE DES MINES D’OR.

Debout devant une immense carte géologique collée au mur de l’un des laboratoires de recherche qu’il supervise, Alphonse Kouakou Yao passe en revue les richesses souterraines de la Côte d’Ivoire. Manganèse, fer, nickel, bauxite, pétrole… L’élégant professeur vêtu d’un blaser de tweed châtaigne et d’une cravate rose est intarissable sur les gisements de son pays. Mais un minerai, surtout, retient son attention : l’or. « Aujourd’hui, explique-t-il à ses étudiants, on en trouve en quantité partout ou presque dans le pays. C’est une bonne nouvelle pour le PIB national, moins pour notre environnement. Et c’est là que nous intervenons. »

Que ce soit dans sa version industrielle et licite ou illégale et artisanale – le nombre estimé d’orpailleurs clandestins varie entre 1 million et 1,5 million −, l’extraction de l’or est une pratique polluante. Pour creuser les trous et les galeries, il faut défricher. Et le traitement du minerai nécessite l’utilisation de cyanure et de mercure, deux substances qui empoisonnent aussi bien l’eau et les sols que la faune et la flore. Pour autant, le directeur de l’Ecole supérieure des mines et de géologie à l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INPHB) de Yamoussoukro refuse d’opposer le « boom minier » que connaît son pays et la transition vers une économie plus respectueuse de l’environnement.

Face au développement rapide et « inéluctable » d’un secteur qui a représenté 5 % du PIB en 2020 contre moins de 1 % en 2010, l’enseignant s’échine depuis plusieurs années à « verdir » les cursus d’ingénierie pour s’assurer que « la préoccupation environnementale » soit au cœur des apprentissages.

Urgence

Initiés aux techniques innovantes d’exploration et d’exploitation, ses étudiants sont notamment encouragés à développer des méthodes pour valoriser les déchets de la mine, en les transformant par exemple en briques et en granulés pour le BTP. Pour l’orpaillage, ils apprennent à réduire l’utilisation du cyanure et du mercure et à mieux comprendre l’environnement direct dans lequel il se pratique. Des associations d’orpailleurs sont également invitées à l’INPHB pour développer les « bonnes pratiques » minières et cesser de ravager à coups de pioches les berges des cours d’eau.

Prospection géologique, traitement des minerais et des eaux usées, fermeture de site : Alphonse Kouakou Yao veut croire que tout le cycle de la mine peut être « écologiquement plus vertueux » tout en restant une source d’emplois pour les futurs ingénieurs et techniciens hautement qualifiés qu’il forme chaque année. Le professeur ne prêche pas dans le désert : en Côte d’Ivoire, le « verdissement » des cursus concerne toutes les disciplines scientifiques professionnalisantes depuis le mitan des années 2010. Les concours d’innovation, notamment ceux qui concernent le traitement des déchets agricoles, se sont multipliés à travers le pays.

Au sein du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique, on espère que ces nouvelles méthodes réputées plus durables vont « infuser dans la société et l’économie » INPHB et qu’elles auront, à terme, un impact sur le chômage des jeunes. En mars 2021, une étude réalisée conjointement par le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable avec l’Organisation internationale du travail (OIT), estimait à près d’un million les emplois verts qui pourraient être créés d’ici à 2025, notamment dans les secteurs de l’agriculture, l’agroforesterie, des énergies renouvelables et du traitement des déchets urbains.

kemebrama@hotmail.com

Source : article de Yassin Ciyow correspondant du Monde Afrique  à Abidjan

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