mercredi, décembre 8, 2021
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EMBOURBE DANS LES SCANDALES, FACEBOOK CHANGE DE NOM ET DEVIENT « META »

En rebaptisant jeudi 28 octobre sa maison mère, le groupe californien a souligné sa nouvelle priorité, le « métavers », un univers parallèle auquel les internautes accéderont via des technologies de réalité virtuelle. L’objectif est triple : séduire la jeune génération, rassurer les investisseurs et détourner l’attention des récents scandales.

 

Devant le siège de Facebook à Menlo Park en Californie, le célèbre logo du pouce levé a cédé la place à un huit allongé de couleur bleue, symbole mathématique de l’infini. Alors que la Silicon Valley bruissait depuis des semaines de rumeurs et de spéculations concernant le changement de nom du géant californien, son PDG et fondateur Mark Zuckerberg a dévoilé, jeudi 28 octobre, la nouvelle identité de la maison mère : le groupe Facebook s’appellera désormais « Meta » et réunira sous sa bannière les plateformes Facebook et Instagram, les messageries WhatsApp et Messenger et les casques de réalité virtuelle Oculus.

Le choix de l’appellation Meta, qui signifie « au-delà » en grec, est une manière de montrer qu’il y a « toujours plus à construire », a souligné le patron de 37 ans lors d’une conférence virtuelle diffusée en direct.

Avec ce changement de nom, le géant de la Tech cherche clairement à refléter sa nouvelle priorité : son projet de « métavers », un univers en ligne au sein duquel les internautes interagissent dans des espaces virtuels partagés pour travailler ou se divertir, grâce à diverses technologies (casques de réalité virtuelle, lunettes de réalité augmentée…). « Nous sommes convaincus que le métavers sera le successeur de l’Internet mobile », a martelé, tout sourire, Mark Zuckerberg qui a aussi qualifié son projet de « nouvelle frontière » du numérique.

 « Détourner l’attention »

Mais le fait que ce grand projet soit dévoilé au moment même où l’entreprise est empêtrée dans une série de scandales éthiques qui l’ont considérablement fragilisée ces derniers mois, est loin d’être anodin, estiment les observateurs de la Silicon Valley. Ces dernières semaines, les déclarations de l’ancienne employée Frances Haugen, qui accuse l’entreprise d’avoir privilégié ses profits au détriment de la sécurité des utilisateurs, ont porté un coup sévère au géant de la Tech.

Pour Roger McNamee, ancien conseiller de Mark Zuckerberg et ancien investisseur de Facebook, « le changement de nom de Facebook est une tentative désespérée d’atteindre deux objectifs : premièrement, détourner l’attention des décideurs politiques et de la presse, après les révélations de Frances Haugen. Deuxièmement, créer un nouveau modèle organisationnel qui isole Mark Zuckerberg de toute responsabilité par rapport aux dommages que son entreprise a causés sous sa direction. » Pour l’homme d’affaires, en tant que nouveau PDG de Meta, Zuckerberg pourrait laisser les rênes de la plateforme Facebook à un autre dirigeant qui deviendrait alors le visage de l’entreprise lors d’auditions devant le Congrès.

Raffermir la crédibilité technologique de Facebook

 

Professeur de marketing à l’université de Californie du Sud (USC), Dina Mayzlin n’est, elle, pas convaincue que les récentes révélations de Frances Haugen soient, à elles seules, la raison du lancement de Meta. « À mon avis ce projet était depuis longtemps dans les cartons bien avant que cette nouvelle affaire ne surgisse », note-t-elle.

Pour l’enseignante, la création de Meta présente surtout le double avantage de raffermir la crédibilité technologique de Facebook tout en « évacuant les conversations autour des scandales » à répétition qui fragilisent l’image du groupe depuis des années. « Pour Zuckerberg, la création de Meta vise à mon avis à rassurer ses clients et ses investisseurs en leur montrant que le groupe est toujours une entreprise de pointe puissante qui incarne l’avenir des nouvelles technologies et qui est aussi capable de séduire la jeune génération – si difficile à fidéliser – avec son métavers », note-t-elle.

Une stratégie qui ne convainc pas Jan-Benedict Steenkamp, professeur de marketing, à l’université de Caroline du Nord à Chapel Hill. « Ce n’est pas en changeant de sujet de conversation qu’ils vont faire oublier aux gens les scandales, estime-t-il. Le groupe ne pourra pas avancer tant qu’il n’aura pas mis de l’ordre dans ses affaires. »

Noémie Taylor-Rosner (Los Angeles),

 

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