dimanche, juillet 25, 2021
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EN AFGHANISTAN, WASHINGTON ACHEVE SON DEPART TANDIS QUE LES TALIBANS SE POSITIONNENT

Le départ de la coalition internationale se double depuis quelques semaines d’une brutale accélération des avancées militaires talibanes.

« Il n’y aura pas de moment “mission accomplie” » : l’avertissement est venu de la porte-parole de la Maison-Blanche Jen Psaki, en amont d’une très attendue conférence de presse du président américain consacrée au retrait d’Afghanistan. « Il s’agit d’une guerre de vingt ans qui n’a pas été gagnée militairement », a sobrement concédé Jen Psaki le 8 juillet.

Joe Biden confirmait quelques minutes plus tard que l’ensemble des troupes américaines aurait quitté le pays d’ici à la fin du mois d’août. « Je n’enverrai pas une autre génération d’Américains faire la guerre en Afghanistan sans espoir raisonnable d’arriver à un résultat différent », a assené le président américain.

« Guerre éclair »

Mais le départ de la coalition internationale après vingt ans de conflit se double depuis quelques semaines d’une brutale accélération des avancées militaires talibanes, notamment dans le nord et l’ouest du pays. « C’est une véritable guerre éclair », juge Georges Lefeuvre, chercheur à l’Iris et anthropologue spécialiste de l’Afghanistan. « Il y a encore une semaine, ils tenaient deux ou trois districts du Badakhshan (région frontalière du Tadjikistan, du Pakistan et de la Chine, NDLR), aujourd’hui, ils en tiennent 26 sur 28. C’est une tactique très élaborée d’avoir repris tout le nord, où se trouve le vivier du pouvoir afghan actuel », ajoute-t-il.

À l’ouest du pays, les forces gouvernementales ont annoncé cette semaine avoir repoussé les talibans de la capitale provinciale de Qala-I-Naw, proche du Turkménistan. Mais le groupe a revendiqué le 9 juin la capture de deux postes-frontières menant à l’Iran ainsi qu’au Turkménistan. Le passage d’Islam Qala, notamment, est considéré comme une artère stratégique vers l’Iran, ainsi qu’une importante source de revenus douaniers pour le gouvernement afghan.

Les talibans assurent avoir capturé plusieurs localités sans coup férir, tandis que plus de 1 000 soldats afghans ont ces derniers jours fui vers le Tadjikistan face aux offensives du groupe islamiste. Une situation que les pays frontaliers craignent de voir s’intensifier : « Tous les pays ont peur des réfugiés », estime Georges Lefeuvre.

Rassurer pour mieux diriger

Au-delà des champs de bataille, les talibans multiplient aussi les initiatives diplomatiques. Après une rencontre avec des représentants afghans à Téhéran le 7 juillet, une délégation talibane s’est rendue le lendemain à Moscou pour tenter de rassurer. La Russie d’abord : « Nous avons reçu des assurances de la part des talibans qu’ils ne violeraient pas les frontières des pays d’Asie centrale », a ainsi commenté Zamir Kabulov, l’envoyé présidentiel russe en Afghanistan, à l’agence de presse russe TASS.

Le reste de la région ensuite : « Nous ne permettrons à personne d’utiliser le territoire afghan pour attaquer la Russie ou les pays voisins », a assuré à son tour Sohail Shaheen, l’un des porte-parole des talibans. La crainte, partagée autant à Moscou qu’à Washington, est de voir un retour des talibans coïncider avec un regain d’activité d’Al-Qaida ou du groupe Daech, ennemi des talibans, mais toujours présent dans le pays. Entre départ occidental, offensives talibanes majeures, mais aussi montée en puissance de milices anti-Talibans à travers le pays, le paysage afghan de l’ère post-américaine commence à peine à se dessiner.

Fabrice Deprez, le 09/07/2021 à 18:23 Modifié le 09/07/2021 à 18:49

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