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FRANCE : L’ORGANISATION DU CULTE MUSULMAN ENTRE DANS UNE NOUVELLE ERE

Un mois après l’annonce par le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin de la « mort » du Conseil français du culte musulman (CFCM), la mise en place d’un Forum de l’islam de France (Forif) se précise. Pour l’instant simple « instance de dialogue » entre le culte musulman et l’État, elle pourrait déboucher sur une nouvelle instance représentative.

Un Forum de l’islam de France (Forif)

Une nouvelle étape a été franchie, au soir du 5 janvier, à l’Élysée, dans la lente agonie du Conseil français du culte musulman (CFCM) et la restructuration de l’islam de France. Face aux différents représentants des cultes, qu’il recevait en présence du premier ministre et du ministre de l’intérieur, Emmanuel Macron a entre autres confirmé la création d’un Forum de l’islam de France (Forif).

Ce n’est pas, en soi, une nouveauté : l’organisation prochaine d’un tel « forum » avait été annoncée par le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin dès le 9 décembre – trois jours avant que ce dernier acte unilatéralement de la « mort »du CFCM, déclarant que cette instance n’était « plus l’interlocuteur de la République ». Sauf que, cette fois, un dialogue a pu avoir lieu avec les principaux intéressés. Au point que Mohammed Moussaoui, président du CFCM depuis deux ans, reconnaît désormais que la structure créée par Nicolas Sarkozy en 2003 « n’est plus viable dans son format actuel ».

Le fruit d’une concertation

« Après ma rencontre mercredi soir avec Gérald Darmanin puis le discours du président de la République à l’Élysée, je considère qu’il y a une possibilité de faire émerger, de façon coordonnée avec les pouvoirs publics, une nouvelle organisation du culte musulman », déclare ce professeur de mathématiques d’origine marocaine, qui dit avoir échoué à mener cette réforme « de l’intérieur » en raison des dissensions internes au CFCM. « Cette nouvelle organisation doit être le fruit d’une concertation associant le Forif et les structures départementales du culte musulman. »

 

Fausse unanimité

L’objectif affiché par l’exécutif est clair : en finir avec la tutelle des fédérations de mosquées affiliées à des pays (Maroc, Turquie, Algérie) et, in fine, avec « l’islam consulaire ». « Si certaines fédérations prennent part au Forif, ce ne sera qu’en tant que gestionnaires de lieux de culte ou d’instituts de formation (la Grande Mosquée de Paris, par exemple, contrôle l’Institut Al-Ghazali, NDRL), pas en vertu de leur représentativité supposée », assure-t-on au ministère de l’intérieur. De fait, la majorité des 2 500 lieux de culte musulmans ne sont affiliés à aucune fédération.

Après avoir constaté la « fausse unanimité » du CFCM, dont quatre des neuf fédérations ont claqué la porte en mars dernier à cause de désaccords sur la Charte des principes pour l’islam de France, le gouvernement veut désormais s’appuyer sur des acteurs de terrain : imams, responsables associatifs… Ils sont un millier à avoir pris part, au printemps dernier, à la troisième édition des Assises territoriales de l’islam de France. C’est dans leur sillage que s’inscrit le Forif.

Mais celui-ci sera plus resserré, avec entre 80 et 100 participants : une vingtaine pour chacun des quatre groupes de travail déjà mis sur pied par le Bureau central des cultes (BCC). Portant sur la formation des cadres religieux, les aumôneries, les actes antimusulmans et l’application de la loi confortant le respect des principes de la République, ces groupes ont commencé à se réunir ces deux derniers jours. Ce sera à nouveau le cas régulièrement après le premier « forum » qui doit se tenir à Paris, fin janvier ou début février. Un rendez-vous national appelé à devenir annuel.

Apprendre des erreurs du passé

C’est bien vers un remplacement du CFCM par le Forif que l’on semble s’acheminer. Mais prendra-t-il à terme, lui aussi, la forme d’une instance représentative, jouant le rôle d’interlocuteur auprès des pouvoirs publics ? Sur ce point, le ministère de l’intérieur reste évasif : « Le Forif est à tout le moins une instance de discussion ; nous verrons plus tard comment ses participants veulent porter la question de la représentation. »

Parmi les musulmans, des critiques émergent déjà : les uns redoutent que le Forif soit une structure « fourre-tout » peu maniable, les autres qu’il soit aussi peu représentatif que le CFCM, ses participants ayant été choisis dans les départements par les préfets. Beaucoup veulent en tout cas « aller de l’avant » et apprendre des erreurs du passé.

 « Quand on construit une maison, on ne commence pas par le toit mais par les fondations : c’était ça, le problème du CFCM », estime Kamel Kabtane, recteur de la Grande Mosquée de Lyon et artisan de la « départementalisation » des structures au niveau du Rhône. Sa présence, mercredi, à l’Élysée, aux côtés de Mohammed Moussaoui et du recteur de la Grande Mosquée de Paris Chems-Eddine Hafiz, était une première. Le signe de la volonté de l’État d’élargir le panel de ses interlocuteurs.

Mélinée Le Priol, le 06/01/2022 à 19:34 Modifié le 07/01/2022 à 11:14

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