lundi, octobre 18, 2021
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IRAK : À MOSSOUL, LE PATRIMOINE RELIGIEUX REPREND VIE PEU A PEU

Reportage Il y a quatre mois, le pape François prononçait une prière inédite dans les ruines d’une église à Mossoul (Irak). Sur place, la reconstruction du patrimoine religieux progresse enfin, après des mois de stagnation due à la pandémie et à l’instabilité sécuritaire.

À Mossoul, le patrimoine religieux reprend vie peu à peu

« Déblocage » et « accélération » : le sentiment est largement partagé par les acteurs de la reconstruction du patrimoine religieux à Mossoul, qui fut la « capitale » irakienne de l’État islamique entre 2014 et 2017. Une reprise d’abord due au recul de la pandémie de Covid-19. « Jusqu’en novembre, Mossoul était fermée aux visiteurs internationaux, ce qui a fait perdre du temps à nos projets », déplore Paolo Fontani, responsable de l’Unesco pour l’Irak.

Cet organisme des Nations unies œuvre – grâce à des fonds émiratis – à la réhabilitation de trois sites religieux, parmi lesquels la mosquée Al-Nouri, la plus emblématique de Mossoul avec son minaret penché datant du XIIe siècle, dont le chantier vient d’être attribué à une équipe d’architectes égyptiens. Intitulé « Faire revivre l’esprit de Mossoul », ce programme de l’Unesco donne aussi son nom à une exposition à la Biennale d’architecture de Venise, jusqu’au 21 novembre.

Assouplissement dans l’octroi des visas, « feux verts » de l’administration irakienne… Peut-on y lire une conséquence de la venue du pape à Mossoul, le 7 mars ? « Cela a très certainement contribué à mobiliser l’attention internationale et celle des Irakiens sur cette ville », reconnaît Valéry Freland, directeur exécutif de l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit (Aliph). Cette dernière est elle aussi très impliquée avec son projet « Mosaïque de Mossoul » qui concerne deux églises et deux mosquées, ainsi que le musée de Mossoul et plusieurs sites patrimoniaux.

Déminage et sécurisation

Mais pour ce diplomate, l’accélération actuelle est plus simplement « l’aboutissement de projets lancés, pour beaucoup, en 2018-2019 ». Outre la pandémie, l’instabilité sécuritaire chronique a compliqué les projets, ainsi que l’enclavement de la ville, privée d’aéroport et séparée du plus proche – celui d’Erbil – par les checkpoints du Kurdistan irakien.

Pour la petite dizaine d’édifices religieux en cours de réhabilitation dans la vieille ville – à l’ouest du Tigre, là où les combats ont été les plus intenses –, la phase de déblaiement et de déminage est désormais terminée.

« Outre le déminage, la reconstruction implique de sécuriser ces sites, où des équipes seront amenées à rester plusieurs mois et seront donc très exposées aux menaces », souligne Faraj Benoît Camurat, fondateur de Fraternité en Irak. L’ONG a financé la réhabilitation de l’église syrienne-catholique Mar Toma, pour l’heure la seule église « opérationnelle » du vieux Mossoul. « D’ici au 15 août, ses cloches seront les premières à sonner à nouveau », se réjouit Faraj Benoît Camurat.

Une reconstruction « à toute vitesse, mais en parpaing »

Dans une ville où les plaies engendrées par le terrorisme islamiste sont encore à vif, de tels projets ne peuvent se faire sans l’assentiment de la population, en grande majorité sunnite. « Nous sommes très attentifs à ce que le voisinage accepte et comprenne la grande valeur symbolique de ces chantiers patrimoniaux, alors que de nombreuses maisons sont encore en ruines », explique Vincent Cayol, directeur des opérations de L’Œuvre d’Orient, qui travaille sur deux églises avec les financements de l’Aliph.

« Églises, mosquées, boutiques, maisons : tout est imbriqué, ici, et c’est tout cet écosystème que l’on espère faire revivre », ajoute le père Olivier Poquillon. Ce dominicain, qui représente son ordre dominicain pour le projet de reconstruction de Notre-Dame de l’Heure (Unesco), regrette qu’ailleurs, la vieille ville se reconstruise « à toute vitesse, mais en parpaing. La tentation est de bâtir à faible coût des choses fonctionnelles, sans tenir compte de la culture locale »

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Bien que menées surtout par des organisations étrangères, ces réhabilitations impliquent la population. Selon Paolo Fontani, 500 à 600 Irakiens œuvrent sur les trois chantiers religieux de l’Unesco. Certains mais pas tous, à Notre-Dame de l’Heure, sont des chrétiens. « Au début, ils venaient travailler à Mossoul tout en vivant ailleurs, notamment à Karakoch, observe Omar Al Taweel, ingénieur musulman sur le chantier. L’un d’eux est récemment revenu vivre à Mossoul avec sa femme. C’est bon signe ! Il y en aura d’autres. » Seule une cinquantaine de familles chrétiennes est pour l’heure revenue vivre à Mossoul.

Mossoul, ville martyre

Deuxième ville d’Irak, Mossoul a connu des siècles de dynamisme commercial et intellectuel.

Les années 2000 ont vu une progressive radicalisation islamiste, synonyme d’enlèvements et de spoliations pour la population chrétienne, yézidie ou chabake (chiite).

En juin 2014, Mossoul est prise par Daech et devient l’une des deux capitales autoproclamées du « califat », avec Rakka (Syrie).

La reprise de la ville par la coalition internationale menée par les États-Unis dure neuf mois, pour s’achever en juillet 2017. La victoire se fait au prix de milliers de morts et blessés, et d’énormes destructions.

Si l’est de la ville, relativement épargné, a retrouvé son dynamisme économique et démographique, l’ouest n’était que décombres jusqu’en 2020.

Mélinée Le Priol, à Mossoul (Irak),

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