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IRAK : BAGDAD, VILLE VIOLENTEE, SE PREPARE A ACCUEILLIR LE PAPE FRANÇOIS

En arrivant à Bagdad vendredi 5 mars, François deviendra le premier pape à se rendre en Irak. Entre mesures anti-Covid et sécurité accrue, la capitale irakienne se prépare à recevoir cette visite historique.

Dans le quartier de Karrada dans le centre de Bagdad, graffitis et pancartes masquent comme ils le peuvent les massives barricades en béton armé qui protègent la plupart des églises. « Benvenuto a Francesco » lance une affiche près de Saint-Joseph, l’église chaldéenne où François dira la messe samedi 6 mars.

Malgré les inquiétudes sur la situation sécuritaire et la pandémie de Covid-19, la capitale irakienne se prépare à la visite papale, pour la première fois de son histoire. Depuis deux semaines, des mesures draconiennes sont en place dans tout le pays pour endiguer une nouvelle vague de coronavirus : confinement total du vendredi au dimanche compris et couvre-feu de 20 heures à 5 heures pour le reste de la semaine.

Confrontée à une urbanisation sauvage pour essayer d’héberger ses 7 millions d’habitants, Bagdad porte toujours les stigmates d’un passé de guerres, violences sectaires et terrorisme. Des bâtiments délabrés font face aux nouveaux chantiers, dans le bruit d’une circulation ultra-congestionnée que le couvre-feu arrive à peine à mitiger. Et pourtant, par rapport à son statut de ville la plus dangereuse au monde en 2015, à Bagdad « la situation est plutôt stable et n’a pas beaucoup changé pendant les derniers mois », rassure Hamdi Malik, analyste expert de l’Irak et chercheur au Washington Institute.

L’exode des chrétiens

Mais des éléments de tension noircissent ce tableau relativement amélioré. Depuis fin 2019, la capitale est frappée par des tirs de missiles qui visent l’ambassade américaine située dans la zone verte, quartier ultra-sécurisé des institutions politiques. Des responsables américains et irakiens accusent des milices armées pro-Iran. À ces incidents s’ajoutent des menaces sporadiques liées à la présence larvée de Daech à travers le pays. Le 21 janvier, un double attentat-suicide dans l’un des marchés les plus fréquentés de la capitale a fait 32 morts, le pire bilan depuis trois ans.

Toutefois, rassure Hamdi Malik, « le risque que Daech vise des cibles de haut niveau est très bas. Des combattants n’arriveraient pas à frapper des forces de sécurité, sans parler du pape. Et il est invraisemblable que les milices pro-iraniennes s’en prennent à lui. » De même, un retour des violences sectaires est peu probable, est convaincu William Warda, président de l’association Hammurabi pour la défense des minorités religieuses. « Il n’y a plus d’attaques liées à l’identité religieuse », soutient-il, avant de rappeler les « milliers de chrétiens tués à cause de leur foi entre 2006 et 2008 ».

À majorité musulmane chiite (55 %) et sunnite (40 %), la capitale irakienne compte ensuite une myriade de minorités religieuses. Selon William Warda, il reste un millier de Yazidis et environ 2 000 Sabéens-Mandéens, un culte baptiste, monothéiste et gnostique qui survit dans la région. Quant aux chrétiens, ils ne seraient plus que 75 000 à Bagdad aujourd’hui. « Ils étaient au moins 750 000 en 2003, se désole William Warda. Dans tout l’Irak, Bagdad est la ville dans laquelle le nombre de chrétiens a le plus chuté, tout comme Mossoul. »

Un calme précaire

Siège des institutions gouvernementales d’un pays qui tire 90 % de ses profits du pétrole et qui repose sur les emplois publics, Bagdad se porte relativement bien du point de vue économique. Cependant, l’inflation montante et les fréquents retards dans le paiement des salaires pourraient remettre le feu aux poudres.

Entre octobre 2019 et 2020, une année de manifestations antigouvernementales avait fait au moins 600 morts dans tout le pays. 70 % de la population a moins de 30 ans et « de plus en plus de jeunes atteignent l’âge de travailler et ne trouvent pas d’emploi », alerte Renad Mansour, chercheur à l’institut londonien Chatham House. « L’économie souffre et le confinement affecte davantage un système déjà compromis par la corruption et l’inefficience. » Si la situation de Bagdad semble suffisamment apaisée pour un bon déroulement de la visite papale, rien ne garantit que le calme perdure sur le long terme.

Sofia Nitti (à Bagdad), le 28/02/2021 à 15:56 Modifié le 28/02/2021 à 18:15

 

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